L’opposante ivoirienne Simone Gbagbo, présidente du Mouvement des générations capables (MGC), a dévoilé lundi 8 juin 2026 un projet de loi organique créant un « Haut conseil électoral » (HCE). Ce nouvel organe se veut totalement indépendant des partis politiques, en rupture avec l’ancienne Commission électorale indépendante (CEI) dissoute récemment. L’ex-Première dame jette ainsi un pavé dans le débat sur la refonte du système électoral ivoirien, à un an de la prochaine présidentielle.
Le HCE serait composé de onze membres permanents, exclusivement issus de la société civile, des confessions religieuses, du patronat, du barreau ou des médias. Les partis politiques en sont bannis, tout comme toute personne ayant affiché une sympathie partisane. Cinq des onze sièges sont réservés aux femmes, et le mandat des conseillers est prévu pour une durée illimitée, jusqu’à leur quatre vingt dixième anniversaire. Une commission parlementaire spéciale, paritaire, serait chargée de sélectionner les candidats sur appel public, avant validation par l’Assemblée nationale et décret de nomination du président de la République.
Cette proposition intervient dans un climat électoral chroniquement explosif. La CEI, souvent accusée de favoritisme par l’opposition, avait été dissoute par les autorités après des années de tensions et de contestations post électorales. Simone Gbagbo, ancienne Première dame et figure clé de la crise post 2010, profite de ce vide institutionnel pour imposer une autre lecture : celle d’un organe dépolitisé, incapable selon ses détracteurs de résoudre le vrai problème, à savoir l’absence de confiance politique. En excluant totalement les partis, elle défie à la fois le pouvoir et les habitudes du clientélisme électoral.
Le sort du projet est très incertain. Le pouvoir actuel, qui n’a pas encore présenté sa propre réforme électorale, pourrait opposer une fin de non recevoir, jugeant le HCE inconstitutionnel ou irréaliste. Mais ignorer cette initiative serait politement risqué : elle alimente le débat public et place le gouvernement face à ses contradictions. Si le texte n’aboutit pas, Simone Gbagbo obtiendra au moins un bénéfice politique : montrer qu’elle propose des solutions structurelles pendant que le pouvoir tâtonne. À l’inverse, une reprise partielle de son idée par la majorité serait une victoire idéologique pour l’opposition.
L’audace du texte cache des faiblesses majeures. Le mandat illimité des conseillers, censé garantir l’indépendance, peut aussi engendrer une dérive autoritaire et un verrouillage de l’institution. L’exclusion totale des partis, séduisante sur le papier, ignore la réalité du terrain : aucun scrutin en Côte d’Ivoire ne s’est jamais organisé sans leur accord implicite. En les mettant dehors, Simone Gbagbo risque de créer un organe technocratique certes propre, mais politiquement inaudible. Enfin, la proposition d’un mariage obligatoire pour les candidats (sauf prêtres catholiques) est une clause étrange, voire discriminatoire, qui fragilise la crédibilité de l’ensemble.
Dans son discours, Simone Gbagbo a martelé que sa loi « n’appartient ni à un camp, ni à une personnalité, mais au débat national ». Un appel solennel a été lancé au pouvoir, aux religions, aux chefs traditionnels et à la société civile. Ce positionnement lui permet de sortir de son image clivante d’ex détenue et d’épouse d’ancien président. Mais les observateurs avertis rappellent que le vrai test ne sera pas technique : c’est la capacité du HCE à organiser un scrutin sans être dévoré par les luttes de légitimité. En l’état, la proposition ressemble davantage à une arme de déconstruction politique qu’à une solution opérationnelle immédiate.



