L’Argentine disputera sa septième finale de Coupe du Monde, dimanche 19 juillet au New Jersey, après avoir renversé l’Angleterre dans un scénario dont elle a le secret. Menée 1-0 jusqu’à la 85e minute, la sélection de Lionel Scaloni a finalement infligé un 2-1 cinglant aux Three Lions grâce à un but de Lautaro Martinez dans les arrêts de jeu, à la 92e. Les champions en titre retrouveront l’Espagne, qui avait éliminé la France la veille, pour une affiche qui promet d’être aussi prestigieuse qu’indécise.
Le tournant de cette demi-finale disputée au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta tient moins dans la statistique que dans la résilience. Dominés en première période, sans un tir cadré et avec un xG famélique de 0,03, les Argentins ont subi l’ouverture du score anglaise à la 55e minute, signée Anthony Gordon sur un service de Morgan Rogers. Mais là où d’autres équipes auraient sombré, l’Albiceleste a puisé dans ses ressources mentales. Lionel Messi, à 39 ans, a été l’artisan de ce renversement : deux passes décisives, dont une sur le but égalisateur d’Enzo Fernandez à la 85e et un centre millimétré pour la tête victorieuse de Martinez au second poteau. L’Argentine a touché trois fois les montants avant de trouver la faille, preuve d’une obstination payée au prix fort.
Ce match s’inscrivait dans une rivalité historique, rappelant les duels de 1986 (quart de finale) et 2002 (phase de groupes), mais il s’est joué sous un prisme nouveau : celui d’une Angleterre qui, sous la houlette de Thomas Tuchel, avait affiché une solidité défensive inédite dans ce tournoi. Les Three Lions, portés par un Harry Kane en dedans, ont pourtant cédé face à l’expérience et à la culture de la gagne argentine. Pour l’Albiceleste, cette finale est la septième de son histoire, après 1930, 1978, 1986, 1990, 2014 et 2022. Elle vise une quatrième étoile, ce qui la rapprocherait de l’Italie (4) et de l’Allemagne (4), tout en restant derrière le Brésil (5). L’enjeu est donc générationnel, car cette équipe, menée par un Messi en fin de cycle, vit peut-être ses dernières grandes joutes internationales.
La finale contre l’Espagne, dimanche, opposera deux philosophies opposées. D’un côté, une Roja maîtresse du jeu de possession, emmenée par un milieu technique et une défense haute, qui a su museler les Bleus en demie. De l’autre, une Argentine pragmatique, capable de subir et de frapper au moment opportun, comme elle l’a fait contre l’Angleterre. Mais le vrai point d’interrogation réside dans l’état physique des cadres argentins, qui ont enchaîné des prolongations contre le Cap-Vert et la Suisse avant cette demi-finale éprouvante. Scaloni devra gérer l’usure de ses trentenaires, tandis que Luis de la Fuente pourra compter sur un collectif plus frais. La clé sera probablement mentale, et sur ce terrain, l’Argentine a prouvé qu’elle était inoxydable.
Mais ce succès argentin ne doit pas masquer les failles anglaises, qui ont coûté cher. Menés au score, les Three Lions ont commis l’erreur tactique de reculer dans leurs 30 mètres dès l’heure de jeu, laissant l’initiative à un adversaire pourtant peu dangereux jusque-là. Le choix de Tuchel d’aligner un quatrième défenseur central (Dan Burn) pour protéger sa surface a paradoxalement offert des espaces dans l’axe, là où Fernandez a frappé. L’Angleterre a aussi pâti d’une gestion approximative des temps faibles : après le but de Gordon, elle a cessé de jouer, offrant des ballons de transition à une Argentine qui ne demandait que cela. Ce repli passif, associé à un Pickford impérial mais malgré tout battu sur deux frappes de classe mondiale, rappelle que, dans les grands rendez-vous, l’intention l’emporte souvent sur la statistique.
Enfin, ce match confirme une tendance lourde de ce Mondial 2026 : les équipes historiques, portées par des individualités d’exception, survivent là où le collectif seul ne suffit pas. Lionel Messi, avec deux passes décisives, porte son total à 5 offrandes dans le tournoi et s’apprête à disputer sa troisième finale personnelle, après 2014 et 2022. Ce serait une consécration ultime pour un joueur qui, malgré l’âge, continue de transcender son équipe. Mais l’Espagne, elle, a montré contre la France une maîtrise rare, capable d’étouffer toute velléité offensive. La finale de dimanche sera donc un test pour l’éternité argentine : peut-elle résister à la puissance collective d’une Roja en pleine renaissance ? Réponse dans trois jours, sur la pelouse du MetLife Stadium.



