Le président béninois, Romuald Wadagni, a effectué le 1er juin une visite officielle éclair à Lagos, accueilli par le gouverneur Babajide Sanwo Olu avant un tête à tête avec son homologue nigérian Bola Ahmed Tinubu. Ce déplacement, le premier d’envergure depuis son investiture, pose un jalon clair : Cotonou choisit de prioriser son immense voisin avant toute autre scène diplomatique. Une décision stratégique, rapide, et sans ambiguïté.
Au cœur des échanges : la sécurité, le commerce et l’intégration régionale. Deux dossiers brûlants sous silence mais bien présents : la fermeture intempestive de la frontière terrestre par Abuja en 2019, et la contrebande de carburant qui saigne les deux économies. Les deux présidents ont convenu d’accélérer les travaux sur le corridor maritime Cotonou Lagos et de renforcer les patrouilles mixtes. Aucun communiqué détaillé n’a filtré. Le signal politique, lui, est clair : fini les déclarations sans suivi.
Les relations nigéro béninoises oscillent entre dépendance et défiance depuis des décennies. Lagos représente 70 % des échanges officiels du Bénin, mais aussi la porte d’entrée de ses marchandises de réexportation, un modèle que Tinubu connaît par cœur pour l’avoir combattu comme gouverneur. L’arrivée de Wadagni, ancien banquier d’affaires et technocrate, suscite à Abuja une curiosité prudente. Il n’est pas un électron libre. Il connaît les chiffres. Et surtout, il n’a pas l’habitude de perdre son temps.
Dans les prochains mois, deux tests décisifs : la réouverture complète du poste frontière de Sème Kraké, et la lutte coordonnée contre les groupes djihadistes qui rôdent dans le nord béninois, à moins de 200 km de la zone économique nigériane. Si Wadagni obtient de Tinubu des engagements fermes sur le partage de renseignements et la fluidification douanière, il gagnera une crédibilité que ses prédécesseurs ont souvent dilapidée. Si ce n’est qu’un voyage d’apparat, la rue béninoise, excédée par la vie chère et les pénuries, ne lui pardonnera pas.
Un détail, et de taille : Wadagni n’est pas passé par Abuja, la capitale fédérale. Il a choisi Lagos, la ville qui pense et fait l’argent du Nigeria. Ce choix en dit long sur sa conception de la diplomatie : pragmatique, décentralisée, axée sur les hubs économiques plutôt que sur les protocoles. Une rupture assumée avec le cérémonial habituel, rare chez un chef d’État ouest africain fraîchement élu.
Reste un angle mort : l’absence de toute mention des droits de douane prohibés que le Nigeria impose aux produits béninois, ou du traitement aléatoire des camions à la frontière. Wadagni a posé un jalon, certes. Mais poser une première pierre ne suffit pas. Le Bénin a besoin de contrats, pas de poignées de main. Si ce voyage ne débouche pas sur des protocoles d’application chiffrés d’ici six mois, il rejoindra la longue liste des belles déclarations sans lendemain. La diplomatie de voisinage, c’est bien. La diplomatie de résultats, c’est mieux.



