Le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye a ouvert lundi à Diamniadio la 10e édition du Forum de Dakar sur la paix et la sécurité en Afrique par un discours sans ambages. Devant plusieurs chefs d’État et responsables régionaux, il a appelé le continent à sortir de sa posture historique de victime des rivalités internationales pour devenir un acteur à part entière des recompositions mondiales, en refondant ses propres réponses sécuritaires.
Faye a dressé un constat lucide. Le monde en 2026 est marqué par une instabilité profonde, la fragilisation des consensus multilatéraux, le retour du protectionnisme et des conflits internationaux comme celui à Gaza. Face à cette situation, les architectures de sécurité collective existantes, a t il dit, montrent leurs limites : financements insuffisants, mandats flous, capacités opérationnelles dépassées. L’urgence est de les rendre plus agiles, plus efficaces, et surtout mieux adaptées aux réalités du terrain africain.
Ce discours intervient dans une région ouest africaine particulièrement secouée. Les coups d’État au Sahel, l’expansion du terrorisme vers les États côtiers, et le retrait de plusieurs pays de la Cedeao ont fragilisé les mécanismes régionaux. Dakar, qui s’est imposée comme une capitale du dialogue stratégique sur le continent, tente de maintenir un espace de coordination. Mais les partenaires traditionnels, notamment occidentaux, voient leur influence reculer, tandis que de nouvelles puissances proposent des modèles sécuritaires sans toujours offrir de garanties démocratiques.
Le chef de l’État sénégalais a tracé des voies concrètes. Il plaide pour une souveraineté stratégique, économique et numérique. Cela passe par le renforcement des mécanismes de prévention et d’alerte précoce, l’opérationnalisation des forces régionales en attente, et des financements stables maîtrisés par les Africains eux mêmes. Il appelle aussi à développer une industrie de défense continentale pour réduire la dépendance extérieure en matière d’équipements militaires. Une ambition coûteuse, mais jugée indispensable.
Faye a insisté sur un lien trop souvent négligé. La sécurité, selon lui, est indissociable du développement. Il a défendu le principe « extraire chez nous, transformer chez nous et vendre à un prix juste » pour soutenir l’industrialisation et la création de valeur ajoutée. Sans transformation locale des ressources, dit il, l’Afrique restera vulnérable, dépendante des cours mondiaux et des puissances qui les fixent. La Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAf) et l’Agenda 2063 sont cités comme les cadres d’une sortie par le haut.
Le président sénégalais n’a pas éludé la tragédie quotidienne des populations. Il a évoqué les enfants privés d’école, les femmes victimes de violences, les jeunes exposés au recrutement par les réseaux criminels. Pour y répondre, il appelle à investir massivement dans l’éducation, la formation et le numérique. Selon lui, c’est une manière efficace de lutter contre l’endoctrinement et la radicalisation. Un rappel utile à l’heure où les réponses militaires dominent souvent les débats, au détriment des politiques structurelles de long terme.



