Au Gabon, l’opposant et ancien Premier ministre Alain Claude Bilie By Nze est privé de visite depuis son interpellation le 15 avril. Son parti, Ensemble pour le Gabon, dénonce une détention au secret qui empêche sa famille et ses conseils de le rencontrer, plus d’une semaine après les faits. Une violation grave des droits de la défense, selon ses soutiens, qui y voient une manœuvre politique délibérée.
Les faits à l’origine de cette garde à vue paraissent, à première vue, purement civils. Une ancienne compagne politique de Bilie By Nze lui réclame cinq millions de francs CFA prêtés en 2008 pour financer les premières dépenses de la fête nationale des Cultures, dont il était alors président du comité d’organisation. Dix huit ans plus tard, faute de remboursement, elle a porté plainte. Pour le secrétaire général du parti, Aimé Mapangou, aucun élément juridique nouveau ne justifie une activation aussi soudaine d’une dette ancienne, si ce n’est un calcul politique.
Alain Claude Bilie By Nze n’est pas un opposant ordinaire. Dernier Premier ministre d’Ali Bongo, il a ensuite basculé dans l’opposition après le coup d’État de 2023 et s’est présenté à la dernière élection présidentielle. Dans un Gabon post transition où le régime militaire du général Brice Oligui Nguema tente d’asseoir sa légitimité, toute procédure judiciaire visant une figure nationale majeure est scrutée comme un possible instrument de neutralisation politique. Le pouvoir, lui, se retranche derrière l’indépendance de la justice.
Rien n’indique pour l’instant que cette affaire aboutisse rapidement à un procès équitable ou à une libération. Si le tribunal relaxe Bilie By Nze, le régime sortira affaibli par l’accusation de détention arbitraire. S’il le condamne, l’opposition criera au scandale politique et pourra mobiliser sa base. À terme, c’est la crédibilité même de la justice gabonaise qui est en jeu, dans un pays où les poursuites contre les personnalités publiques oscillent trop souvent entre régulation institutionnelle et règlement de comptes.
Ensemble pour le Gabon avance un argument juridique lourd : la dette ne relèverait pas de la responsabilité personnelle de l’ancien ministre, mais de l’État, puisque Bilie By Nze agissait alors en tant qu’organisateur public. L’opposition exige donc sa libération immédiate, estimant que le prétoire a été transformé en arène politique. Le porte parole de la présidence, Téophane Nzame Nze Biyoghe, botte en touche : ce n’est pas l’affaire de la présidence, dit il, mais de la « bonne administration de la justice ».
En privant un opposant de tout contact extérieur pendant plusieurs jours, les autorités prennent le risque de cristalliser un sentiment d’injustice qui dépasse le cercle des militants. Les proches de Bilie By Nze rappellent que la plainte a été déposée après l’élection présidentielle, et non avant, ce qui alimente la thèse d’une procédure à retardement. À Libreville, l’affaire ne passe plus inaperçue : elle ravive la mémoire des arrestations arbitraires sous l’ancien régime, que la junte militaire disait vouloir enterrer.



