Google a officiellement dépassé son objectif quinquennal d’un milliard de dollars d’investissement en Afrique, une étape franchie alors que le géant technologique américain multiplie les initiatives sur le continent. Lors de son premier sommet cloud à Johannesburg, l’entreprise a annoncé une série de projets structurants, dont un programme de plus d’un million de dollars destiné à former 100 000 créateurs africains à l’intelligence artificielle, en partenariat avec l’acteur britannique Idris Elba et sa société Akuna Group.
Ce programme vise spécifiquement les créateurs sous-représentés au Nigeria, en Afrique du Sud, au Ghana, au Kenya et en Sierra Leone. Il leur donnera accès à l’assistant IA Gemini de Google ainsi qu’à d’autres outils numériques, avec pour ambition de réduire les coûts de production et d’améliorer la qualité des œuvres produites. James Manyika, vice-président senior de Google chargé de la recherche et de la technologie, a souligné que l’IA pouvait devenir un levier puissant pour ceux qui ne disposent pas des budgets des grands studios. Le programme s’inscrit dans une stratégie plus large de Google, qui voit dans la jeunesse africaine et la croissance rapide de l’économie créatrice un marché d’avenir, évalué à 93 milliards de dollars et projeté à 118 milliards d’ici 2031.
Cette annonce intervient dans la continuité de l’ouverture, en 2025, de la région cloud de Johannesburg, une infrastructure clé permettant à Google de servir plus efficacement les entreprises, les gouvernements et les développeurs africains. Par ailleurs, la société a révélé son intention d’installer un hub de connectivité dans la province du Cap oriental, premier d’une série de quatre centres prévus à travers le continent, qui relieront l’Afrique à l’Australie via le câble sous-marin Umoja et à l’Inde par une nouvelle route. Ces investissements visent à renforcer la résilience et la capacité d’Internet en Afrique, alors que la demande en données explose et que les infrastructures peinent à suivre.
Les prochains mois devraient voir la concrétisation de plusieurs projets majeurs. Le premier laboratoire IA appliqué d’Afrique, installé au Ghana, mettra en relation des startups locales avec des chercheurs de Google et leur donnera un accès anticipé à ses modèles d’intelligence artificielle. Parallèlement, un centre d’innovation numérique de 3 millions de rands sera construit à Soweto, en partenariat avec WeThinkCode, tandis que l’accélérateur de startups de Google soutiendra 15 entreprises sud-africaines à partir du 21 juillet, dans le cadre d’un plan plus large visant à accompagner 50 ventures africaines d’ici 2028.
Idris Elba, de plus en plus impliqué dans l’économie créative africaine, a insisté sur le fait que le principal obstacle n’est pas un manque de vision, mais un manque d’accès aux outils, au financement et aux infrastructures. Il a évoqué ses projets en cours, notamment un village créatif au Ghana et un complexe de studios à Zanzibar, destinés à produire des contenus africains authentiques pour les plateformes mondiales. Son Akuna Wallet, qui facilitera les paiements transfrontaliers pour les créateurs, répond directement à l’un des défis majeurs de la monétisation sur le continent.
L’engagement de Google en Afrique ne se limite pas à la créativité. Le programme de développement économique et communautaire de l’entreprise, couplé à ses investissements dans les compétences numériques et l’IA, témoigne d’une volonté d’accompagner l’ensemble de l’écosystème technologique. James Manyika a résumé la position du groupe en affirmant que l’opportunité que représente l’IA pour l’Afrique est considérable, et que Google entend contribuer à sa réalisation aux côtés des acteurs locaux. Reste à savoir si ces promesses se traduiront par un transfert réel de compétences et une autonomie accrue pour les talents africains, ou si elles ne feront que renforcer la dépendance technologique vis-à-vis des géants de la Silicon Valley.



