Un monument à l’effigie de Thomas Sankara a été inauguré samedi dans un parc de Rome, en présence du ministre burkinabè de la Culture, Pingdwendé Gilbert Ouédraogo. L’œuvre, un prisme en acier de deux mètres de haut et de soixante-dix centimètres de large, est installée dans le parc Thomas-Sankara, baptisé le 17 septembre 2025 dans une municipalité du troisième arrondissement de la capitale italienne.
Réalisée par l’artiste Hamed Sékou Ouattara et offerte par Madi Sakandé, la sculpture se veut un hommage à l’ancien président burkinabè, assassiné en 1987. La cérémonie a réuni des diplomates burkinabè, maliens et nigériens, ainsi que des membres de la diaspora burkinabè et de l’Alliance des États du Sahel. Paolo Emilio Marchionne, président de la municipalité concernée, a présenté l’initiative comme un moyen de renforcer les liens entre les peuples italien et burkinabè autour des idéaux de fraternité et de dialogue associés à Sankara.
Cette inauguration s’inscrit dans un contexte de réhabilitation progressive de la figure de Thomas Sankara, longtemps marginalisée dans les récits officiels. Dirigeant du Burkina Faso de 1983 à 1987, il a marqué l’histoire du continent par ses positions panafricanistes, anticoloniales et sa politique de justice sociale. Son assassinat, survenu lors du coup d’État qui porta Blaise Compaoré au pouvoir, a nourri pendant des décennies une mémoire contestataire, particulièrement vive au sein des jeunesses africaines et des diasporas.
L’événement romain pourrait préfigurer une dynamique plus large de reconnaissance internationale. La campagne « Une brique pour Sankara », lancée par le ministre Ouédraogo lors de la cérémonie, vise à financer la construction du mémorial Thomas-Sankara au Burkina Faso. Ce projet, s’il aboutit, prolongerait le geste italien par une entreprise mémorielle nationale, dont la portée symbolique dépasse largement le cadre burkinabè.
Les prises de parole lors de l’inauguration témoignent de cette ambition universaliste. L’ambassadrice du Burkina Faso en Italie, Cyrille Ganou-Badolo, a estimé que l’ancien dirigeant « n’appartient à aucun pays ni à aucune génération, il appartient à toute l’humanité ». Le ministre de la Culture a quant à lui souligné la portée universelle des idéaux de dignité, de justice et d’émancipation des peuples défendus par Sankara, faisant du monument un rappel plutôt qu’une simple commémoration.
La création du parc doit notamment à l’engagement d’un jeune Italien, Matteo Pietro Sante, qui a contribué à mobiliser les autorités locales autour du projet. Son implication illustre la manière dont la mémoire de Sankara circule désormais hors des cercles militants africains, portée par des acteurs de la société civile européenne. Reste à savoir si cet élan symbolique se traduira par des engagements concrets, notamment dans le financement du mémorial de Ouagadougou.



