L’ancien président sénégalais Macky Sall a été reçu le 2 juin 2026 à l’Élysée par Emmanuel Macron. En apparence, une simple rencontre bilatérale. En réalité, une étape de plus dans sa campagne discrète mais méthodique pour devenir le prochain secrétaire général des Nations Unies. Les deux hommes affichent une « convergence de vues » sur la nécessité de réformer l’ONU. Mais derrière les formules diplomatiques, c’est bien la candidature de Sall qui était en jeu.
Selon le communiqué publié par l’ancien chef de l’État sénégalais, les échanges ont porté sur l’avenir du multilatéralisme et l’urgence d’une « ONU ambitieuse, réformée et revitalisée ». Macky Sall insiste sur trois mots : efficacité, représentativité, adaptation aux défis contemporains. Ce langage n’est pas neutre. Il repoint précisément les critiques récurrentes adressées à l’organisation : un Conseil de sécurité figé depuis 1945, des agences dispersées, et une incapacité chronique à prévenir les crises. En recevant Sall, Macron ne se contente pas d’une courtoisie protocolaire. Il envoie un signal aux autres capitales africaines et européennes.
Macky Sall n’est pas un novice des enceintes internationales. En avril 2026, il a déjà été auditionné par l’Assemblée générale des Nations Unies, dans le cadre formel du processus de sélection du futur secrétaire général. Il y a défendu un programme structuré autour de la lutte contre les rivalités géopolitiques, les effets du changement climatique, les inégalités économiques et l’impact de l’intelligence artificielle. Surtout, il a proposé une réforme en trois principes : « rationaliser, simplifier, optimiser ». Un triptyque qui sonne comme un manifeste de gestionnaire, mais qui cache une ambition politique claire : incarner une voix africaine réformatrice dans un système où le continent reste largement sous-représenté.
La succession d’António Guterres, dont le second mandat s’achève le 31 décembre 2026, est officiellement ouverte. Quatre candidats déclarés ont participé aux dialogues interactifs d’avril : Macky Sall, la Chilienne Michelle Bachelet, l’Argentin Rafael Grossi (AIEA), et la Costaricienne Rebeca Grynspan. Une cinquième, l’Équatorienne María Fernanda Espinosa, s’est ajoutée en mai. Le choix final relève d’un mécanisme complexe mêlant Conseil de sécurité et Assemblée générale. Mais la règle informelle de rotation régionale joue en faveur de l’Afrique, qui n’a pas occupé ce poste depuis Boutros Boutros Ghali (1992 1996). Reste à savoir si Paris pèsera réellement en faveur de Sall, ou si cette rencontre n’était qu’un geste d’affichage.
Devant les États membres en avril, Macky Sall n’a pas seulement parlé de réformes institutionnelles. Il a plaidé pour une « diplomatie de prévention » active, appuyée sur l’alerte précoce, la médiation et un lien renforcé avec les organisations régionales. Sur le terrain, cela signifierait moins d’interventions sous chapitre VII, et davantage de mécanismes régionaux comme l’Union africaine ou la CEDEAO. Un discours qui lui permet de se positionner à la fois comme un critique interne de l’ONU et comme un praticien de terrain, fort de son expérience à la tête d’un État ouest africain confronté au terrorisme, aux coups d’État et aux crises sociales.
Mais le tableau ne serait pas complet sans une dose de réalisme. Macky Sall reste un ancien président dont la fin de mandat au Sénégal a été marquée par des tensions politiques, une contestation interne et des accusations d’autoritarisme. Son bilan en matière de droits humains est jugé contrasté par plusieurs organisations internationales. À l’ONU, où la transparence et l’exemplarité morale sont des atouts majeurs, ce passif pourrait peser. Surtout face à des candidats comme Bachelet, ancienne haute commissaire aux droits de l’homme. La rencontre avec Macron lui offre une visibilité précieuse, mais elle ne suffira pas à gommer les interrogations sur sa capacité à incarner une rupture nette avec les dérives des appareils d’État africains.



