Madagascar a déclaré « persona non grata » un agent de l’ambassade de France à Antananarivo, tandis qu’un ressortissant français a été inculpé par la justice malgache. Les autorités de transition accusent Paris d’actes de déstabilisation et de complot. La France proteste vigoureusement et dénonce des accusations infondées. La crise diplomatique, latente depuis plusieurs semaines, entre désormais dans une phase ouverte.
Le 28 avril, l’ambassadeur français a été convoqué au ministère malgache des Affaires étrangères pour être informé de l’expulsion immédiate de l’un de ses agents. Ni l’identité du diplomate ni la nature exacte des faits reprochés n’ont été officiellement dévoilées. Antananarivo évoque des « agissements incompatibles avec son statut » et une enquête qui aurait révélé des manœuvres de déstabilisation. Quelques jours plus tôt, le 16 avril, un ancien militaire français reconverti dans le recouvrement de dettes, Guy Baret, avait été arrêté et placé en détention provisoire pour association de malfaiteurs, diffusion de fausses nouvelles et projets de destruction de biens publics.
La détérioration des relations franco-malgaches n’est pas soudaine. Le 17 avril, un conseiller de la présidence malgache avait publié sur Facebook les photos et noms d’une dizaine de présumés « mercenaires français » entrés sur la Grande Île avec des passeports de service. La présidence s’était rapidement désolidarisée de cette publication, qualifiée de « contribution individuelle ». Paris avait dénoncé des « rumeurs mensongères ». Mais l’incident a agi comme un révélateur. Depuis octobre 2025, la France affirme apporter un « soutien constant » au processus de refondation mené par les autorités de transition issues du régime d’Andry Rajoelina, un soutien que les nationalistes malgaches regardent désormais avec une méfiance extrême.
Rien n’indique que la crise va s’apaiser à court terme. La justice malgache poursuit son instruction contre Guy Baret, dont les agissements seraient liés à une tentative de déstabilisation coordonnée avec le colonel malgache Patrick Rakotomamonjy, également incarcéré. Les sources sécuritaires locales évoquent des fonds destinés à corrompre de futurs mutins et à mobiliser une partie de la jeunesse contre le régime. Paris, de son côté, ne cède pas : la France proteste contre l’expulsion de son agent et rappelle son engagement aux côtés des « aspirations légitimes de la jeunesse ». Un langage qui n’est pas sans évoquer d’autres dossiers africains récents où Paris a été accusé d’ingérence.
Ce qui rend le dossier malgache particulièrement inflammable, c’est la conjonction d’un contexte politique fragile et d’une rue jeune, exigeante et désabusée. La génération Z malgache, qui avait massivement manifesté sous le régime précédent, s’interroge aujourd’hui sur l’opportunité de redescendre dans la rue. Elle observe les accusations croisées entre Antananarivo et Paris, et mesure le retour d’un discours souverainiste martial. Comme dans d’autres pays africains secoués par des putschs récents, les éléments de langage se répètent : dénonciation des « mauvaises intentions françaises », rapprochement implicite avec Moscou, mise en cause de la transparence de l’aide internationale. Mais à Madagascar, l’histoire des ingérences réelles ou fantasmées est ancienne. Et chaque nouvel incident creuse un peu plus le fossé de défiance entre Paris et une opinion publique malgache de plus en plus sensible au récit d’une souveraineté bafouée.



