Le tribunal criminel de Nouakchott‑Ouest a condamné lundi 4 mai 2026 les députées Ghamou Achour et Mariem Cheikh Dieng à quatre ans de prison ferme. Leur crime aux yeux de la justice : des publications sur les réseaux sociales jugées attentatoires aux symboles nationaux et à la cohésion sociale. Une décision rendue sans que leur immunité parlementaire ait été levée, ce qui interroge directement l’État de droit mauritanien.
Les deux élues, membres du mouvement anti-esclavagiste IRA et inscrites sous la bannière du parti Sawab, ont été reconnues coupables de diffamation, menaces, incitation à la violence, et d’atteinte aux symboles nationaux. Le tribunal a en outre ordonné la suppression immédiate de leurs contenus, la confiscation de leurs téléphones et la fermeture définitive de leurs comptes en ligne. Le parquet avait requis cinq ans ; la défense a dénoncé une « précipitation » et un « mauvais système judiciaire » avant de quitter l’audience en début de journée.
Cette condamnation intervient dans un climat politique très tendu à l’Assemblée nationale. Aucune procédure de levée d’immunité n’a été engagée, ce qui constitue une entorse majeure aux règles protectrices des élus. Les deux députées avaient été placées sous mandat de dépôt le 21 avril, après avoir critiqué en direct le président et le gouvernement. Le dossier révèle ainsi la fragilité des droits de l’opposition dans un pays où la lutte contre l’esclavage par le biais politique est déjà un chemin semé d’embûches.
À court terme, la défense devrait se pourvoir en cassation, mais l’emprisonnement immédiat complique la stratégie juridique. Sur le plan politique, cette affaire risque d’isoler un peu plus les voix abolitionnistes au Parlement, tout en alimentant les critiques internationales sur le respect des immunités et des libertés d’expression. À moyen terme, elle pourrait accélérer une révision de la loi sur les symboles nationaux, ou au contraire durcir encore la répression des discours jugés subversifs.
Les avocats des deux députées dénoncent un procès expéditif aux airs de règlement de comptes politique. Pour eux, la qualification d’« atteinte aux symboles nationaux » est un outil trop vague, aisément maniable contre des élues qui dénoncent l’héritage esclavagiste et les pratiques discriminatoires. L’absence de levée d’immunité, notent‑ils, n’est pas une simple erreur de procédure mais le signe d’un pouvoir judiciaire inféodé à l’exécutif.
Au‑delà du sort de Ghamou Achour et Mariem Cheikh Dieng, c’est l’espace public mauritanien qui est en jeu. Le recours croissant aux poursuites pour « cohésion sociale » ou « symboles nationaux » transforme la critique politique en délit pénal. Les organisations de défense des droits humains voient dans ce jugement un message clair : il devient très risqué pour un élu de s’opposer frontalement au pouvoir par les réseaux sociaux, même en son nom et sans violer la loi sur la presse. La Mauritanie, qui peine à tourner la page d’une société hiérarchisée par l’héritage servile, referme ainsi un peu plus l’espace d’un débat pourtant indispensable.



