En Mauritanie, le dialogue national tant espéré est aujourd’hui grippé. La cause : une polémique grandissante autour d’un éventuel troisième mandat du président Mohamed Ould Ghazouani. Si les appels publics en sa faveur émanent officiellement d’élus locaux agissant à titre individuel, l’opposition y voit une manœuvre orchestrée pour tester l’opinion et le champ politique.
Ces sorties répétées, loin d’être anecdotiques, ont immédiatement cristallisé les tensions. Maître Lo Gourmo Abdoul, vice-président de l’UFP, assume une ligne rouge : « Celui qui n’accepte pas de respecter la Constitution sur cette question n’acceptera pas non plus d’avoir des élections libres. » L’opposition, déjà mobilisée lors d’un grand meeting, promet de nouvelles actions. Elle dénonce un « chiffon rouge » agité par l’entourage présidentiel pour saborder tout consensus.
La Constitution mauritanienne limite strictement le nombre de mandats présidentiels. Ghazouani, élu en 2019 puis réélu en 2024, achèvera normalement son second et dernier mandat en 2029. Mais dans un Sahel où plusieurs voisins ont contourné ou réécrit leurs lois fondamentales, la crainte d’un « glissement » est légitime. Le pays, souvent cité en modèle de stabilité relative, pourrait voir sa crédibilité démocratique sérieusement écornée.
À court terme, le dialogue national semble compromis. L’opposition radicalise sa position, tandis que le pouvoir évite toute clarification. Un enlisement politique fragiliserait les réformes économiques et sécuritaires en cours. À moyen terme, si la majorité choisissait d’explorer une prolongation, elle s’exposerait à une crise de légitimité majeure. L’hypothèse d’une transition « apaisée » paraît de plus en plus utopique.
Mais au sein même du parti présidentiel INSAF, des voix dissonantes trahissent un malaise profond. Aissata Alassane Ngaïdé, membre de son conseil national, propose une issue inédite : « Plutôt qu’un troisième mandat complet, pourquoi ne pas accorder au président trois ans supplémentaires pour boucler ses chantiers, si la Constitution le permet ? » Une suggestion qui, sous couvert de pragmatisme, ouvre la boîte de Pandore. Officiellement, la majorité reste muette sur une éventuelle stratégie coordonnée, mais le flou entretient la défiance.
Résultat : le dialogue national est au point mort. Chaque camp campe sur ses positions, sans mécanisme de confiance pour avancer. L’opposition exige des garanties constitutionnelles avant toute discussion. Le pouvoir, lui, laisse faire sans désavouer clairement les élus locaux. Dans cette atmosphère, l’alternance pacifique, pilier de la jeune démocratie mauritanienne, se trouve suspendue à une question que personne n’ose trancher franchement.



