La guerre ouverte au Moyen Orient depuis le 28 février prend fin. Un accord entre les États Unis et l’Iran, officialisé lundi par le Premier ministre pakistanais Shehbaz Sharif, prévoit la cessation immédiate des opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. La signature est attendue vendredi à Genève.
L’accord prévoit la réouverture rapide du détroit d’Ormuz, sans droit de passage, et la levée du blocus naval américain. Donald Trump a lui même annoncé sur Truth Social que les navires du monde entier pourront à nouveau faire circuler le pétrole dès le déminage terminé. En contrepartie, l’Iran obtient l’ouverture de négociations dans un délai de soixante jours sur quatre sujets sensibles : la levée des sanctions, le dossier nucléaire, la reconstruction, et un mécanisme de suivi. Selon l’agence Mehr, non confirmée officiellement, Téhéran bénéficierait également du déblocage de 24 milliards de dollars d’avoirs gelés.
Ce conflit, déclenché par des frappes américano israéliennes fin février, a rapidement embrasé l’ensemble du Moyen Orient. Le blocage d’Ormuz, par lequel transite normalement un cinquième du commerce mondial d’hydrocarbures, a provoqué une flambée des prix du pétrole et fragilisé l’économie mondiale. Israël, qui redoute un compromis trop favorable à son ennemi juré, avait encore frappé la banlieue sud de Beyrouth dimanche, faisant trois morts. Trump a publiquement critiqué cette offensive, allant jusqu’à dire qu’il avait réprimandé Benyamin Nétanyahou, qu’il accuse de manquer de jugement.
Les marchés ont immédiatement réagi : le pétrole a chuté de plus de 4 %, tandis que les Bourses de Tokyo et de Séoul bondissaient respectivement de 4 % et 5 %. Reste que l’accord actuel n’est qu’une suspension des hostilités, pas une paix définitive. Les négociations sur le nucléaire et le balistique iranien s’annoncent complexes. Paris, Londres, Berlin et Rome se disent prêts à lever les sanctions pertinentes en échange de mesures vérifiables. Le G7, réuni cette semaine à Évian, devra arbitrer entre la nécessité de stabiliser la région et les exigences sécuritaires d’Israël.
Sur le terrain, le fossé interprétatif reste immense. L’état major iranien a présenté l’accord comme une « volonté divine » imposant la défaite à des « ennemis américains et sionistes humiliés ». À l’inverse, Donald Trump, sous pression interne pour mettre fin à une guerre impopulaire, mise sur une réouverture rapide d’Ormuz pour faire baisser l’inflation et redorer son image avant l’été. Le secrétaire général de l’ONU, Antonio Guterres, salue une « étape cruciale ». Mais aucun document public ne permet encore de vérifier les engagements réels de chaque camp.
Le vice président américain J.D. Vance sera présent à Genève vendredi. La présence de Trump reste « possible ». Signe que la Maison Blanche veut maîtriser la séquence médiatique. Pourtant, la méfiance persiste. Le Conseil suprême de sécurité nationale iranien avait encore menacé dimanche d’une réponse « imminente » à l’attaque israélienne sur Beyrouth. L’annonce de l’accord a coupé cette dynamique. Mais sans règlement sur le nucléaire et sans réduction vérifiable des capacités balistiques de l’Iran, la trêve restera fragile. Le vrai test commencera dans soixante jours.



