Le Mozambique vient de franchir un nouveau cap dans sa politique de contrôle des ressources naturelles. Désormais, l’État détiendra une participation minimale de 15 %, gratuite et non diluable, dans tous les projets miniers du pays. Signée par le président Daniel Chapo, cette loi fait du Mozambique l’un des pays africains les plus offensifs en matière de nationalisme extractif, alors que la demande mondiale en graphite, minerai clé des batteries électriques, s’envole.
Concrètement, la société nationale des mines (ENM) recevra ce quota sans avoir à débourser un centime, et aucune augmentation de capital future ne pourra réduire sa part. La loi, adoptée par le Parlement en mai et promulguée cette semaine, s’applique à l’ensemble de la chaîne de valeur, de l’extraction à la transformation. Le Mozambique interdit par ailleurs l’exportation de minerais bruts ou semi transformés, sauf dérogation gouvernementale exceptionnelle. Une autre disposition impose que 10 % des revenus miniers alimentent un fonds local de développement, censé faire bénéficier directement les communautés riveraines.
Ce virage législatif ne sort pas de nulle part. Pendant plus d’une décennie, le cadre précédent limitait la capacité du pays à capter la valeur de ses sous sols, parmi les plus riches du continent. Le Mozambique est le deuxième producteur africain de graphite, derrière Madagascar, et le troisième mondial, juste après la Chine. Il abrite la gigantesque mine de Balama, l’un des plus importants gisements planétaires. Mais comme nombre de ses voisins, Mapuche a constaté que l’essentiel des bénéfices partait à l’étranger, sans transformation locale ni retombées sociales significatives.
L’incertitude demeure sur l’application de ces nouvelles règles aux projets existants couverts par des conventions signées antérieurement. Les investisseurs étrangers, notamment chinois et occidentaux, scrutent la moindre clause de stabilité. À moyen terme, le Mozambique espère forcer la main des opérateurs pour développer une filière locale de raffinage du graphite et des batteries, créant ainsi des emplois et de la valeur ajoutée. Mais le risque est réel : une fiscalité trop contraignante et des prélèvements sans compensation peuvent refroidir les capitaux, alors même que la concurrence pour l’accès aux minerais critiques s’intensifie entre États Unis, Europe et Chine.
Le Mozambique rejoint un mouvement continental bien amorcé. Le Zimbabwe, premier producteur africain de lithium, a interdit l’exportation de concentré brut pour imposer une transformation locale. La RDC, elle, durcit ses conditions sur le cobalt et le cuivre. Ces États ne veulent plus être de simples fournisseurs de matières premières. Ils exigent des retombées industrielles et fiscales. Pour autant, l’histoire récente montre que des législations trop volontaristes, sans infrastructure ni énergie fiable, peuvent conduire à des blocages ou à une contraction des investissements.
Les compagnies minières déjà présentes, notamment à Montepuez pour les rubis ou à Moatize pour le charbon, devront revoir leurs modèles économiques. La règle des 15 % gratuits réduit mécaniquement leur rentabilité. Les petits opérateurs, moins solides financièrement, pourraient être les plus fragilisés. Côté local, le fonds de développement à 10 % des revenus est une avancée théorique majeure, mais sa gouvernance et sa traçabilité feront tout. Sans contrôle citoyen rigoureux, l’argent risque de disparaître dans les circuits clientélistes habituels. Le vrai test, pour Mapuche, ne sera pas législatif mais politique : faire respecter la loi et en faire bénéficier ceux qui vivent au dessus des gisements.



