Le Parlement ougandais examine ce mardi 5 mai 2026 un projet de loi très contesté visant à encadrer les financements venus de l’étranger. Présenté par le gouvernement comme un instrument de protection de la souveraineté nationale, le texte est dénoncé par les défenseurs des droits humains qui y voient une copie des lois russes sur les « agents de l’étranger ». Malgré plusieurs amendements de dernière minute, la controverse reste vive.
Le projet impose à toute personne ou organisation recevant des fonds internationaux de s’enregistrer auprès d’un nouveau service dédié à la « paix et à la sécurité », logé au ministère de l’Intérieur. Les déclarations doivent être annuelles, et le certificat délivré peut être retiré à tout moment en cas d’information jugée trompeuse ou de menace pour la sécurité nationale. Des critères que les opposants jugent flous, ouvrant la voie à un arbitraire administratif.
L’Ouganda n’en est pas à son premier bras de fer avec la société civile. Depuis plusieurs années, le régime de Yoweri Museveni, au pouvoir depuis 1986, multiplie les textes restreignant l’espace associatif et médiatique. La loi de 2016 sur les ONG, déjà très contraignante, avait suscité des critiques similaires. Ce nouveau projet s’inscrit dans une tendance régionale : du Rwanda à la Tanzanie, plusieurs pays d’Afrique de l’Est durcissent le contrôle des financements extérieurs, au nom de la lutte contre l’ingérence.
L’adoption du texte semble acquise, le parti au pouvoir dominant largement le Parlement. Reste à savoir quelles seront ses conséquences concrètes. Le gouverneur de la Banque centrale ougandaise a lui-même mis en garde contre un risque de fragilisation du secteur financier et de fuite des investisseurs. À terme, c’est tout l’écosystème des ONG, des médias indépendants et des diasporas qui pourrait être asphyxié, tandis que l’opposition, déjà affaiblie, verrait ses marges de manœuvre encore réduites.
Une disposition particulièrement polémique envisageait d’assimiler les Ougandais vivant à l’étranger à des « agents étrangers », y compris des figures comme Bobi Wine, actuellement aux États-Unis. Face à la levée de boucliers, cette clause a été retirée. Mais pour Livingstone Sewanyana, directeur de la Fondation pour les droits humains, le cœur du problème demeure : le texte fixe un plafond annuel de 400 millions de shillings ougandais, environ 100 000 dollars, au-delà duquel tout transfert nécessite une autorisation préalable. De quoi freiner l’économie familiale et les investissements de la diaspora.
Au delà des aspects économiques, ce sont les libertés civiles qui inquiètent. Le projet accorde à l’exécutif des pouvoirs étendus pour qualifier certaines critiques de « sabotage économique ». Enoch Barata, directeur des affaires juridiques du parti au pouvoir, assume : « Les libertés civiles ne sont pas absolues. Elles doivent être encadrées pour protéger la souveraineté. » Un argument que les opposants jugent dangereux, rappelant que c’est souvent sous cet angle que les régimes autoritaires justifient la répression. Yoweri Museveni a tenté de rassurer en affirmant que le texte ne visait que les politiques publiques, pas l’argent des familles. Mais les associations restent sceptiques.



