L’administration fiscale congolaise a fait sceller les bureaux de la Kamoto Copper Company (KCC) à Kolwezi, marquant un tournant décisif dans le conflit qui oppose l’État à Glencore. Cette saisie administrative, intervenue après l’échec des négociations sur une dette fiscale potentiellement colossale, place le géant minier suisse devant un ultimatum. Si les opérations d’extraction sont préservées pour l’heure, la pression monte sur ce site stratégique, considéré comme l’un des fleurons de la transition énergétique mondiale.
Au cœur de l’imbroglio juridique, la Direction générale des impôts (DGI) accuse Glencore d’avoir artificiellement réduit ses bénéfices imposables via des mécanismes de prix de transfert. Les montants évoqués atteindraient plusieurs milliards de dollars, bien qu’ils n’aient pas été officiellement confirmés. Cette affaire s’inscrit dans une série de contentieux récurrents, dont le dernier, en avril, avait contraint la multinationale à s’acquitter de 60 millions de dollars pour une fraude à l’assurance, illustrant la détermination des autorités à récupérer ce qu’elles estiment être leur dû.
La RDC, premier producteur mondial de cobalt et deuxième de cuivre en Afrique, joue ici une partie de poker menteur avec une entreprise dont les actifs locaux sont essentiels à la transition énergétique. Ce bras de fer survient dans un contexte de convoitise internationale où les États-Unis, via le consortium Orion Critical Minerals soutenu par la DFC, négocient l’acquisition de 40 % des parts de Glencore dans KCC et la mine voisine de Mutanda. Ce projet américain vise à contrebalancer l’hégémonie chinoise sur le raffinage des minéraux critiques, rendant l’issue du conflit cruciale pour la sécurité des approvisionnements occidentaux.
L’issue de ce contentieux pourrait redéfinir les règles du jeu pour les investisseurs internationaux. Une incertitude prolongée risquerait de compromettre l’entrée du consortium américain au capital, les opérateurs financiers répugnant à s’engager sans visibilité sur les passifs fiscaux. Le président Félix Tshisekedi, conscient de l’enjeu, aurait ordonné une approche plus mesurée, privilégiant le dialogue et le retrait des forces de l’ordre déployées sur les sites afin de préserver la confiance des capitaux étrangers, tout en exigeant une meilleure contribution du secteur aux finances publiques.
Ce conflit dépasse la simple querelle d’argent pour toucher à la souveraineté économique de la RDC. En exigeant des comptes à Glencore, Kinshasa envoie un signal fort aux opérateurs historiques, mais la manœuvre est risquée. Si la détermination affichée peut renforcer la position du pays dans la renégociation des contrats miniers, une escalade pourrait freiner les investissements dans un pays où l’instabilité juridique reste un frein majeur. La capacité des deux parties à trouver un compromis sera un test grandeur nature pour l’attractivité du sous-sol congolais.
Pour Glencore, cette confrontation ravive les souvenirs des contentieux passés et complique sa stratégie de recentrage sur les actifs les plus rentables. Le groupe assure maintenir le dialogue et ses opérations, mais l’ombre de contentieux récurrents plane sur sa réputation en Afrique. Un échec des négociations pourrait non seulement faire capoter la vente partielle de ses actifs aux Américains, mais aussi ouvrir la voie à une renationalisation rampante des ressources ou à des appels d’offres concurrents, bouleversant ainsi la carte minière mondiale.



