L’Université Cheikh Anta Diop de Dakar (UCAD) a officialisé la découverte d’une nouvelle espèce bactérienne, baptisée Neobacillus camarae, isolée à partir du microbiote du lait maternel au Sénégal. Cette avancée, validée par une publication dans une revue scientifique internationale, ouvre des pistes inédites dans la prévention et le traitement de la malnutrition infantile, un fléau qui touche encore des millions d’enfants sur le continent africain.
Le caractère prometteur de cette découverte réside dans le potentiel probiotique de la souche identifiée. Les chercheurs soupçonnent que Neobacillus camarae pourrait jouer un rôle clé dans l’équilibre de la flore intestinale des nourrissons, un facteur déterminant pour l’absorption des nutriments et la résistance aux infections opportunistes. L’étude s’inscrit dans un programme de recherche plus vaste dédié au développement de probiotiques spécifiquement adaptés aux populations locales, loin des standards souvent conçus à partir de métabolismes occidentaux.
Cette trouvaille est le fruit d’une collaboration triangulaire entre l’UCAD, l’IHU Méditerranée Infection et l’Université Aix-Marseille. Elle s’inscrit dans une dynamique de renforcement des capacités de recherche en Afrique de l’Ouest, où les infrastructures de biologie moléculaire peinent encore à se démocratiser. En nommant cette bactérie en hommage au Pr Makhtar Camara, enseignant-chercheur à la Faculté de médecine, de pharmacie et d’odontologie, l’institution dakaroise entend également souligner la continuité d’un savoir-faire local qui mérite d’être mis en lumière sur la scène internationale.
Si les essais en laboratoire sont concluants, le passage à l’échelle clinique reste un parcours semé d’embûches réglementaires et financières. L’UCAD devra convaincre les bailleurs de fonds et l’industrie pharmaceutique de l’intérêt économique d’un probiotique destiné à des marchés à faible revenu. Néanmoins, en cas de succès, cette innovation pourrait offrir une alternative non médicamenteuse et accessible pour réduire la mortalité infantile liée aux carences nutritionnelles, tout en réduisant la dépendance du Sénégal aux importations de compléments alimentaires.
Au-delà de l’aspect médical, cette découverte constitue un symbole fort pour l’enseignement supérieur sénégalais. Le recteur Alioune Badara Kandji a salué une distinction qui « honore l’UCAD, le Sénégal et le rayonnement de la recherche africaine ». Ce succès, bien qu’isolé, pourrait inciter de jeunes chercheurs à s’orienter vers des filières scientifiques exigeantes, souvent délaissées au profit des sciences sociales. Il pose également la question de la valorisation des ressources biologiques locales, que les pays du Sud peinent encore à transformer en brevets et en solutions thérapeutiques concrètes.
Reste à savoir si l’engouement médiatique autour de Neobacillus camarae ne masque pas les lacunes structurelles de la recherche au Sénégal, où le budget alloué à la science demeure très en deçà des recommandations de l’Union africaine. La pérennité de ce type de projets dépendra de la capacité des institutions à maintenir des partenariats équilibrés, où l’expertise locale ne se limite pas au simple rôle de pourvoyeur d’échantillons. Sans un soutien politique et financier durable, cette découverte, aussi brillante soit-elle, risque de rester une simple ligne dans un catalogue scientifique sans retombées tangibles sur le terrain.



