Ousmane Sonko a été élu samedi président de Pastef Les Patriotes lors du premier congrès national du parti, tenu à Diamniadio. Il a recueilli l’intégralité des 589 suffrages exprimés, soit une élection sans la moindre opposition interne. Un score qui ne souffre d’aucune ambiguïté, mais qui intervient à un moment où le parti vit l’une des périodes les plus délicates de son rapport au pouvoir.
Sur les 598 délégués attendus, 589 procès verbaux ont été reçus, aucun bulletin blanc n’a été enregistré et le taux de participation a atteint 98,5 %. Ce chiffre, aussi impressionnant soit il, ne dit rien des tensions qui ont précédé ce rassemblement. La commission électorale interne du parti a validé ce scrutin sans anicroche apparente. Mais l’absence de pluralité dans les votes interroge : à Pastef, la discipline militaires est affichée comme une vertu, mais elle peut aussi masquer des désaccords tus, surtout quand l’enjeu est d’incarner la légitimité d’un parti face à un chef de l’État issu des mêmes rangs.
Ce congrès se tient dans un climat politique sénégalais inhabituellement tendu entre les deux premières figures de Pastef. Le 22 mai, Ousmane Sonko a été démis de ses fonctions de Premier ministre par le président Bassirou Diomaye Faye, son ancien allié et disciple. Quelques jours plus tard, il a été porté à la présidence de l’Assemblée nationale après la démission d’El Malick Ndiaye. Officiellement, il s’agit d’une réorganisation classique. Officieusement, les observateurs y voient les premiers signes d’une divergence stratégique profonde sur la manière de gouverner et de partager le pouvoir entre les têtes pensantes du mouvement.
Avec cette élection, Ousmane Sonko devient officiellement le chef politique formel d’un parti qui a choisi de ne pas participer au dernier gouvernement dirigé par Ahmadou Alamine Mohamed Lo, malgré sa large majorité à l’Assemblée nationale. La situation est inédite : la principale formation politique du pays contrôle le Parlement mais n’est pas au gouvernement. Sonko a écarté l’hypothèse d’une motion de censure, mais il a clairement affirmé ses désaccords avec Diomaye sur la place de la majorité parlementaire dans les institutions. Ce congrès pourrait donc être le point de départ d’une redéfinition des rapports de force entre l’exécutif et le législatif, avec Pastef comme arbitre ou comme contre pouvoir interne.
Dans une contribution publiée avant le congrès, Sonko appelait Pastef à passer « du mouvement à l’organisation ». Une formule qui en dit long sur les ambitions de l’homme fort du parti : structurer, discipliner, institutionnaliser. À ses yeux, la phase contestataire est révolue. Pastef doit désormais apprendre à gérer l’État par procuration, y compris en restant hors du gouvernement. Les travaux du congrès, qui se poursuivent jusqu’à dimanche, doivent adopter des résolutions et des textes d’orientation qui engageront le parti pour les années à venir. Reste à savoir si ces textes porteront la marque d’un Sonko désormais seul maître à bord, ou s’ils laisseront une place implicite au président de la République. Dans un parti où l’unité a toujours été un mantra, le silence sur les désaccords pourrait bien devenir, à terme, plus bruyant que les discours.



