L’opposition somalienne a fixé un ultimatum sans équivoque au président Hassan Sheikh Mohamud. À partir du 15 mai 2026, elle ne le reconnaîtra plus comme chef de l’État. Plusieurs figures politiques, réunies à Mogadiscio, estiment que son mandat expire à cette date. La menace est claire : sans accord électoral, le pouvoir perdra toute légitimité à leurs yeux.
Le député de l’opposition Yusuf Gamadid, s’exprimant depuis la résidence de l’ancien président Sharif Sheikh Ahmed, a affirmé que Hassan Sheikh Mohamud deviendrait juridiquement un « ancien président » après le 15 mai. Une autre voix influente, Abdirahman Abdishakur, a évoqué la possibilité d’un processus électoral parallèle, voire d’une administration concurrente. Ces déclarations ne relèvent plus de la simple rhétorique. Elles préparent le terrain à une double légitimité institutionnelle, scénario redouté des partenaires internationaux de la Somalie.
Ce bras de fer s’inscrit dans une longue histoire de blocages électoraux et d’ambiguïtés constitutionnelles. La Constitution provisoire de 2012 prévoyait des mandats de quatre ans. Pourtant, le Premier ministre Hamza Abdi Barre défend aujourd’hui une lecture contraire. Selon lui, le mandat présidentiel est de cinq ans, conformément à la nouvelle Constitution récemment adoptée. Il justifie ainsi une prolongation d’une année supplémentaire. En 2021, Hassan Sheikh Mohamud, alors dans l’opposition, avait lui même exigé le départ de son prédécesseur Mohamed Abdullahi « Farmajo » après quatre ans exacts. Aujourd’hui, ses adversaires lui retournent l’argument.
Si aucun compromis politique n’intervient d’ici mai, la Somalie pourrait entrer dans une phase de paralysie institutionnelle inédite. Une administration parallèle, même symbolique, briserait l’unité formelle de l’État et rendrait presque impossible la tenue d’élections crédibles. Les acteurs régionaux, comme le Kenya et l’Éthiopie, ainsi que les bailleurs de fonds occidentaux, devraient alors choisir leur camp. Le risque d’une fragmentation accrue, comparable à la période antérieure à 2012, n’est plus hypothétique.
L’ironie de la situation n’échappe pas aux observateurs avertis. Le président actuel avait bâti une partie de sa légitimité sur le respect strict des mandats de quatre ans. Son volte face juridique affaiblit son discours sur l’État de droit. Dans les rues de Mogadiscio, la mémoire politique est vive. Les sympathisants de l’opposition rappellent les manifestations et les blocages de 2021, lorsque Mohamud dénonçait les prolongations comme un coup de force. Aujourd’hui, cette mémoire se retourne contre lui.
Aucune médiation internationale n’a encore émergé. L’Union africaine et l’ONU se contentent pour l’instant d’appels généraux au dialogue. Pourtant, le calendrier est court. L’opposition ne semble pas prête à reculer. Le pouvoir, lui, mise sur le rapport de force sécuritaire et le soutien d’une partie de l’armée. Entre deux interprétations constitutionnelles antagonistes, c’est la rue et les armes qui pourraient trancher. Les signaux faibles d’un dialogue restent, à ce stade, inexistants.



