Le Tchad et l’Algérie ont officialisé une trentaine d’accords bilatéraux à l’occasion de la visite d’État du président Mahamat Idriss Déby à Alger. Au cœur du dispositif, un mémorandum entre Sonatrach et la Société des hydrocarbures du Tchad (SHT) prévoit la construction d’une raffinerie capable de produire 20 000 barils par jour. Une annonce qui dépasse le simple cadre technique pour inscrire les deux pays dans une dynamique de coopération stratégique inédite.
Outre le volet raffinage, les accords couvrent l’industrie minière, les énergies renouvelables, la formation pétrolière via l’Institut algérien du pétrole, ainsi que des secteurs comme la santé animale, les transports aériens, les travaux publics et la communication. Une convention interministérielle de lutte contre le terrorisme a également été signée, témoignant de la dimension sécuritaire du rapprochement. Mahamat Déby a résumé l’ambition commune : passer d’une « amitié traditionnelle à un partenariat stratégique de nouvelle génération ».
Ce rapprochement intervient alors que N’Djaména cherche à diversifier son appareil productif. L’économiste tchadien Djimadoum Mendekor rappelle que le pays manque d’emplois et d’industries, et que l’arrivée de nouveaux investisseurs est vitale. L’Algérie, de son côté, réactive sa politique africaine après des années de relative discrétion. La visite d’Abdourahamane Tiani à Alger en février dernier avait déjà marqué un tournant. Ce nouvel élan s’inscrit dans un contexte sahélien bouleversé par le retrait occidental et la progression des groupes armés.
Pour l’Algérie, ces accords sont aussi un signal adressé au Maroc. Michaël Ayari, analyste à l’International Crisis Group, y voit un « petit pied de nez » à Rabat, dans un climat de concurrence ouverte pour l’influence en Afrique subsaharienne. Or Rabat et N’Djaména se sont également rapprochés récemment : multiplication des investissements marocains, ouverture d’un consulat tchadien à Dakhla. Ce double jeu diplomatique place le Tchad en position d’arbitre, mais aussi en risque de pressions croisées.
La dimension symbolique n’échappe à aucun observateur. L’Algérie, qui finance une partie de son soft power par ses revenus gaziers, voit dans le Tchad une porte d’entrée vers le golfe de Guinée et un contrepoids à l’influence marocaine dans la région. Pour le Tchad, l’enjeu est plus concret : sortir de sa dépendance à l’unique oléoduc vers le Cameroun, sécuriser son approvisionnement en produits raffinés et créer des emplois locaux. La raffinerie de 20 000 barils par jour, si elle aboutit, serait un test décisif de la crédibilité algérienne comme partenaire industriel en Afrique.
Reste une question en suspens : le financement. Les mémorandums ne valent pas investissements fermes. Sonatrach, aux prises avec ses propres contraintes budgétaires, devra arbitrer. De son côté, le Tchad, dirigé par un pouvoir militaire en quête de légitimité internationale, ne peut se permettre un échec. La réussite de ce partenariat dépendra moins du nombre d’accords signés que de leur mise en œuvre concrète. Et dans le Sahel, les promesses non tenues paient rarement en capital politique.



