Le Nigeria prend, pour le mois de mai 2026, la présidence mensuelle du Conseil de paix et de sécurité (CPS) de l’Union africaine. Une annonce du ministère nigérian des Affaires étrangères qui intervient alors que la bande sahélienne connaît une résurgence spectaculaire des violences jihadistes, accentuée par l’instabilité malienne et les fragilités internes du géant ouest‑africain lui‑même.
Pendant trente jours, Abuja dirigera les délibérations du CPS, l’instance clé de l’UA en matière de prévention et de gestion des conflits. Les discussions porteront sur l’impact du changement climatique dans le bassin du lac Tchad, la lutte contre la criminalité transnationale organisée, ainsi que l’adoption d’un plan d’action stratégique quinquennal contre le terrorisme. L’opérationnalisation de la Force africaine en attente et la sécurité maritime dans le golfe de Guinée figureront également à l’ordre du jour.
Le Nigeria n’est pas un novice au sein du CPS, qu’il a intégré dès sa création en 2004 et qu’il avait déjà présidé en décembre 2022. Mais depuis, la donne sécuritaire s’est encore dégradée. Le Mali subit une intensification des attaques revendiquées par le groupe jihadiste Jama’at Nusrat al-Islam wal‑Muslimin et par le Front de libération de l’Azawad, violences qui ont récemment coûté la vie au ministre malien de la Défense, le général Sadio Camara. Parallèlement, le Nigeria demeure miné par les factions rivales de Boko Haram et par les exactions de groupes armés qualifiés de bandits dans son nord‑ouest.
Cette présidence mensuelle ne confère aucun pouvoir opérationnel nouveau, mais elle offre une tribune politique de premier plan. Abuja pourra orienter les priorités du CPS et peser sur les réponses collectives, notamment en plaidant pour un mécanisme continental plus réactif. Reste une question de fond : le Nigeria, dont l’armée est déjà surchargée par ses propres foyers d’insécurité, parviendra‑t‑il à impulser une stratégie cohérente sans donner l’impression de défendre d’abord ses intérêts nationaux ? Les quinze membres du CPS, parmi lesquels l’Afrique du Sud, l’Algérie, le Maroc, la Côte d’Ivoire et l’Éthiopie, observeront son attitude avec une attention critique.
Selon Kimiebi Imomotimi Ebienfa, porte‑parole du ministère nigérian des Affaires étrangères, cette présidence intervient dans un environnement marqué par des défis sécuritaires complexes nécessitant une réponse coordonnée à l’échelle continentale. Langage diplomatique classique, mais qui cache une réalité plus rugueuse : les mécanismes de l’UA souffrent de lenteurs budgétaires et de rivalités d’influences. La Force africaine en attente, évoquée au détour des travaux, n’est toujours pas pleinement opérationnelle vingt ans après sa conception. Prendre la tête du CPS en mai 2026, c’est aussi hériter de ces handicaps structurels sans disposer de la baguette magique pour les résoudre.



