Vingt ans après le départ du Ghanéen Kofi Annan, l’Afrique espère retrouver le chemin du bureau ovale du secrétaire général des Nations unies. L’ancien président sénégalais Macky Sall est le seul candidat issu du continent à briguer la succession d’António Guterres, dont le second mandat s’achève le 31 décembre prochain. La compétition est entrée dans une phase décisive ce jeudi avec un débat public au siège new-yorkais de l’organisation, prélude au premier scrutin exploratoire du Conseil de sécurité prévu le 30 juillet.
Si son nom est retenu par le Conseil de sécurité, puis entériné par l’Assemblée générale, Macky Sall deviendrait le troisième Africain à occuper ce poste depuis la création de l’ONU en 1945, et le premier depuis le départ d’Annan en 2006. Une telle élection mettrait fin à deux décennies d’absence africaine à la tête de la plus grande institution multilatérale du monde. Face à lui, cinq autres prétendants de poids : l’ex-présidente chilienne Michelle Bachelet, l’Argentin Rafael Grossi (directeur de l’AIEA), l’ancienne ministre équatorienne María Fernanda Espinosa, la costaricienne Rebeca Grynspan (secrétaire générale de la CNUCED) et la diplomate guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett.
Seuls deux Africains ont jusqu’ici dirigé l’ONU. L’Égyptien Boutros Boutros-Ghali, sixième secrétaire général en 1992, n’aura effectué qu’un seul mandat, son veto par les États-Unis ayant empêché sa reconduction. Le Ghanéen Kofi Annan, lui, aura marqué l’institution pendant deux mandats (1997-2006), partageant avec l’organisation le prix Nobel de la paix en 2001. Leur passage de quinze années consécutives à la tête de l’ONU coïncide avec des moments fondateurs : opérations de maintien de la paix, réformes internes et réponses aux grandes crises humanitaires. Depuis, Ban Ki-moon (Corée du Sud) puis António Guterres (Portugal) se sont succédé, éloignant l’Afrique de ce sommet diplomatique.
La désignation du prochain secrétaire général repose sur un processus opaque et codifié. Une série de scrutins confidentiels au sein du Conseil de sécurité permettra de dégager un nom, avant une recommandation formelle à l’Assemblée générale. Chacun des cinq membres permanents dispose d’un droit de veto susceptible de torpiller toute candidature. Si aucune règle de rotation régionale n’est officiellement écrite, plusieurs diplomates plaident pour qu’un candidat d’Amérique latine soit favorisé, ce qui renforcerait les chances de Bachelet, Espinosa, Grynspan ou Grossi, bien que ce dernier soit argentin. L’issue dépendra donc d’un équilibre diplomatique délicat.
La relance africaine pour ce poste intervient dans un contexte où le poids du continent ne cesse de croître sur la scène mondiale. Avec 54 États membres, l’Afrique constitue le plus important groupe régional au sein de l’Assemblée générale, et son influence s’exerce désormais sur des dossiers aussi variés que la paix et la sécurité, les financements climatiques, la réforme de l’architecture financière internationale ou encore la refonte du système multilatéral. Le débat public de ce jeudi à New York a montré l’appétit des candidats pour ces thématiques, mais aussi les fractures entre le Nord et le Sud sur la gouvernance mondiale.
L’enjeu dépasse la seule personne de Macky Sall. Il s’agit pour l’Afrique de reconquérir un poste qui lui a échappé pendant vingt ans, et de prouver qu’elle peut incarner une vision équilibrée des équilibres mondiaux. Les observateurs notent que Sall, fort de son expérience à la tête du Sénégal et de son rôle dans les médiations régionales, peut plaider une connaissance fine des crises contemporaines, du Sahel à la corne de l’Afrique. Reste à savoir si son profil, perçu par certains comme trop consensuel, saura convaincre les cinq puissances de veto, dont les intérêts stratégiques divergent profondément sur le continent. La réponse interviendra dans les prochains mois, à l’issue d’un processus où le secret et les calculs géopolitiques priment sur les déclarations publiques.



