Romuald Wadagni, nouveau président béninois, a effectué mercredi une visite d’amitié et de travail à Lomé. Il y a rencontré Faure Essozimna Gnassingbé, président du Conseil de la République togolaise, pour réaffirmer leur volonté commune de renforcer la coopération bilatérale, l’intégration régionale et la coordination sécuritaire. Une déclaration conjointe acte cet engagement.
Les deux dirigeants ont salué la progression des échanges commerciaux et convenu d’accélérer les infrastructures de connectivité, de fluidifier les passages transfrontaliers et d’encourager les investissements privés. Sur le plan politique, ils ont souligné la nécessité d’un dialogue permanent pour préserver la paix, la stabilité et la confiance mutuelle. La rencontre a également permis à Wadagni d’inviter officiellement Gnassingbé à Cotonou, invitation acceptée, dont les modalités seront fixées par la voie diplomatique.
Cette visite s’inscrit dans une tournée sous‑régionale entamée dès l’accession de Wadagni à la magistrature suprême, après son passage au Nigeria, au Niger et au Burkina Faso. Elle confirme la priorité donnée par le successeur de Patrice Talon aux relations de voisinage, dans une région ouest‑africaine marquée par la fragilité sécuritaire et des tensions diplomatiques récurrentes. Le Bénin et le Togo partagent non seulement une longue frontière commune, mais aussi des défis similaires de terrorisme, de criminalité transfrontalière et de pression migratoire.
Dans les mois à venir, la concrétisation des engagements pris à Lomé dépendra de la capacité des deux capitales à harmoniser leurs politiques douanières et sécuritaires. Le renforcement annoncé de la libre circulation des personnes, biens et services se heurte aux contrôles souvent dissuasifs aux postes‑frontières. Par ailleurs, la coopération sécuritaire devra dépasser les déclarations pour intégrer des échanges de renseignements en temps réel et des patrouilles mixtes, alors que la menace djihadiste gagne du terrain au nord du Bénin et du Togo.
L’axe Cotonou‑Lomé a longtemps souffert d’une concurrence portuaire sourde et de suspicions réciproques sur les flux informels. Cette visite signale un changement de méthode : Wadagni, ancien ministre des Finances, privilégie les dossiers techniques et les résultats concrets. À Lomé, il a mis l’accent sur la fluidité des échanges, qui profite directement aux populations frontalières, et sur l’investissement privé régional, un langage que Gnassingbé, ardent défenseur de la Zone de libre‑échange continentale africaine (ZLECAf), ne pouvait qu’approuver.
Reste un angle mort : la dimension démocratique. Aucun des deux pays n’a connu d’alternance pacifique récente, et les deux dirigeants concentrent l’essentiel du pouvoir. Leur coopération affichée sur la stabilité régionale pourrait ainsi être lue comme une entente entre régimes conservateurs, soucieux avant tout de maîtriser leurs frontières et leurs contestations internes. Les observateurs avertis y verront une realpolitik ouest‑africaine assumée, où la sécurité et les affaires priment sur les pressions internationales pour plus d’ouverture politique.



