Face à la vague de violences anti-immigrés qui secoue l’Afrique du Sud, le président Cyril Ramaphosa a annoncé le déploiement d’émissaires à travers le continent et au delà. Une offensive diplomatique d’urgence, destinée à contenir la colère croissante de plusieurs gouvernements africains, alors que le Malawi, le Mozambique et le Ghana ont déjà commencé à rapatrier leurs ressortissants.
Lors d’une conférence de presse conjointe avec son homologue kényan William Ruto à Pretoria, Ramaphosa a confirmé que des envoyés seraient dépêchés « non seulement sur le continent, mais aussi dans le reste du monde ». L’objectif : coordonner une réponse multilatérale à la question migratoire, que le président sud-africain juge trop complexe pour être traitée au niveau national seul. Derrière cette posture multilatérale, c’est une tentative de sauver l’image d’un pays régulièrement épinglé pour ses violences xénophobes.
Ces attaques ne sont pas un phénomène isolé. En 2008, 2015 et 2019, des vagues de violences similaires avaient déjà fait des dizaines de morts et des milliers de déplacés, tout en fragilisant les relations de Pretoria avec ses voisins. Cette fois, la réaction est plus rapide et plus institutionnelle. Le Mozambique dénombre au moins sept morts parmi ses citoyens, dont cinq tués directement dans des violences ciblées. Le Malawi organise un rapatriement volontaire massif, et le Ghana a déjà rapatrié des centaines de personnes, tout en renforçant sa cellule de crise.
L’efficacité de la stratégie de Ramaphosa dépendra moins du nombre d’émissaires que de la capacité de son gouvernement à garantir rapidement la sécurité des étrangers sur son sol. À court terme, d’autres pays africains pourraient annoncer des mesures unilatérales de rapatriement, affaiblissant encore l’image de l’Afrique du Sud comme hub économique régional. À moyen terme, c’est la crédibilité du pays au sein de l’Union africaine et des forums de paix continentaux qui risque d’être entachée.
Ramaphosa a martelé que « les Sud-Africains ne sont pas xénophobes, les Sud-Africains sont des Africains ». Une formule volontairement ambiguë, qui tente de désigner des groupes violents comme une minorité déviante sans interroger les ressorts structurels de la xénophobie ordinaire dans les townships. Car c’est bien là que le bât blesse : chômage endémique, inégalités persistantes, accès limité aux services publics. En l’absence de réformes internes, les déclarations solennelles risquent de rester lettre morte.
Au delà des chiffres, le drame se joue dans l’urgence humanitaire. Des centaines de personnes, majoritairement originaires du Mozambique, du Malawi et du Nigeria, ont trouvé refuge dans des abris temporaires près de Johannesburg et Durban. Les récits collectés par les organisations locales font état de pillages à l’arme blanche, de commerces incendiés et de familles séparées lors de la fuite. L’Union africaine a discrètement proposé une médiation, mais aucune annonce concrète n’a encore été faite.



