Au Zimbabwe, 95 personnes ont été arrêtées par la police, mardi 1ᵉʳ avril, après une manifestation organisée contre le président Emmerson Mnangagwa. Les manifestants, accusés de jeter des pierres sur les forces de l’ordre et de bloquer une artère importante à Harare, la capitale, ont rapidement été dispersés par la police. Cet événement survient dans un contexte de plus en plus tendu au sein du pouvoir, marqué par des contestations internes et une pression populaire croissante.
L’appel à cette mobilisation, qui a rassemblé environ 200 personnes, ne provient pas de l’opposition politique traditionnelle, mais d’un ancien cadre de la ZANU-PF, le parti au pouvoir. Blessed Geza, ancien combattant de la guerre d’indépendance et figure de ce même parti, a dénoncé les intentions de Mnangagwa de rester au pouvoir au-delà de son mandat actuel. Selon lui, le président chercherait à manipuler la Constitution pour pouvoir briguer un troisième mandat en 2028, une proposition qui divise l’opinion publique et alimente les tensions au sein même du gouvernement.
Ce rassemblement intervient dans un contexte de crise économique profonde au Zimbabwe, aggravée par des accusations de mauvaise gestion et de corruption. Depuis plusieurs mois, des rumeurs circulent sur la volonté de certaines factions de la ZANU-PF de réviser la Constitution pour permettre à Mnangagwa de se présenter à nouveau en 2028, malgré ses 82 ans. Cette situation alimente un climat politique tendu, où des voix s’élèvent contre la prolongation du mandat présidentiel alors que le pays peine à surmonter ses problèmes économiques.
Le mouvement de protestation, bien que relativement modeste, pourrait avoir des répercussions importantes sur la stabilité du pouvoir en place. Certains analystes politiques redoutent que ce genre de mobilisation serve de prétexte à Mnangagwa pour renforcer son autorité et peut-être déclarer l’état d’urgence, une option qui lui permettrait de suspendre la Constitution et d’intensifier la répression. Si ces tensions au sein de la ZANU-PF continuent de croître, elles pourraient mener à un affaiblissement du pouvoir exécutif ou à un changement de leadership au sein du parti.
Des experts notent que l’engagement de figures historiques du parti, comme Blessed Geza, reflète une fracture de plus en plus visible au sein de la ZANU-PF. Ces divisions internes mettent en lumière des divergences sur la stratégie à adopter face à l’avenir du pays, notamment en ce qui concerne la question de la succession de Mnangagwa. Tandis que certains membres du parti défendent l’idée de maintenir le président en poste à tout prix, d’autres appellent à un renouvellement du leadership pour répondre aux défis économiques et sociaux du Zimbabwe.
Enfin, la répression policière qui a suivi la manifestation illustre la détermination du gouvernement à garder le contrôle, mais elle pourrait également accentuer la pression sur le régime. Si les mouvements populaires continuent de s’intensifier, notamment sous la forme de protestations similaires à celle de lundi, cela pourrait entraîner un changement de la dynamique politique au Zimbabwe, voire affecter les relations du pays avec la communauté internationale qui observe de près les évolutions démocratiques dans la région.