Le Groupe Dangote, avec le soutien financier de l’Africa Finance Corporation (AFC) à hauteur de 600 millions de dollars, accélère son offensive pour faire de l’Afrique un acteur incontournable du marché mondial des engrais. Objectif affiché, passer d’une capacité de production de 3 à 12 millions de tonnes d’urée par an d’ici quelques années, grâce à l’extension de son usine nigériane et à la construction d’un nouveau complexe en Éthiopie. Ce projet, qui s’inscrit dans une enveloppe globale de 7 milliards de dollars, est l’un des plus ambitieux jamais lancés dans le secteur sur le continent, et il place Aliko Dangote en position de challenger direct des géants qatariens et saoudiens.
Ce financement, accordé à Greenview Fertiliser Corporation, est destiné à doubler presque la capacité de l’usine de Lagos, située dans la zone franche d’Ibeju-Lekki, pour la faire passer de 3 à 9 millions de tonnes. Parallèlement, le projet éthiopien, dont l’investissement a récemment été relevé de 2,5 à plus de 4 milliards de dollars, ajoutera 3 millions de tonnes supplémentaires. À terme, le groupe contrôlera une plateforme de production de 12 millions de tonnes répartie entre l’Afrique de l’Ouest et l’Est, une masse critique qui lui permettrait de rivaliser avec les plus grands exportateurs mondiaux et de renverser la dépendance historique du continent aux importations.
Depuis la guerre en Ukraine, les perturbations sur les chaînes d’approvisionnement ont provoqué une flambée des prix, exposant des agricultures déjà sous-dotées. Avec un taux d’utilisation des engrais bien inférieur à la moyenne mondiale, les pays africains voient leur productivité agricole plafonner et leur sécurité alimentaire menacée. L’ambition de Dangote, qu’il a réaffirmée en 2025, est de briser cette fatalité en rendant le continent autosuffisant en urée dans un délai de 40 mois, un défi logistique et industriel de taille.
Aliko Dangote a lui-même déclaré que cette expansion pourrait générer plus de 4 milliards de dollars de recettes annuelles à l’exportation d’ici trois ans. Pour un pays historiquement accro aux revenus pétroliers et confronté à une pression chronique sur sa monnaie, ce serait une bouffée d’oxygène. L’engrais deviendrait alors l’un des piliers de la diversification des exportations hors hydrocarbures, offrant des devises fortes et des marges de manœuvre budgétaires à l’État fédéral.
Son président, Samaila Zubairu, a souligné qu’il s’agit d’un réinvestissement stratégique, après avoir été intégralement remboursé sur un prêt précédent accordé à Dangote Industries. Ce recyclage des capitaux montre la confiance de l’institution panafricaine dans la viabilité économique du projet. En doublant sa mise, l’AFC entend démontrer que les grands projets industriels africains peuvent être bancables et rentables, à condition d’avoir une vision à long terme et des partenaires financiers solides.
En choisissant l’Éthiopie comme second hub, Dangote s’ancre dans l’une des économies les plus dynamiques d’Afrique de l’Est, avec un accès privilégié aux marchés de la Corne de l’Afrique et du bassin du Nil. Ce positionnement lui permet de couvrir l’ensemble du continent et de diversifier ses risques politiques. Toutefois, la réussite de ce pari repose sur des conditions complexes, notamment la stabilité des régimes fiscaux, la disponibilité du gaz naturel, matière première essentielle, et l’évolution des prix mondiaux de l’urée.
Enfin, ce projet cristallise les espoirs d’une industrialisation africaine portée par ses champions privés. Si les 12 millions de tonnes sont atteints, le Groupe Dangote détiendrait l’un des plus grands sites de production d’urée au monde, réduisant considérablement la facture d’importation du continent. Reste à savoir si les infrastructures portuaires, énergétiques et routières suivront le rythme, et si les politiques agricoles nationales seront réformées pour absorber une telle offre. La vision est claire, sa traduction sur le terrain, elle, exigera une exécution sans faille.



