Le Maroc a lancé un cursus universitaire spécialisé en médecine carcérale, une initiative pionnière en Afrique. Ce programme vise à fournir aux professionnels de santé les compétences nécessaires pour exercer en milieu pénitentiaire, en tenant compte non seulement des compétences médicales, mais aussi des aspects éthiques et juridiques liés aux droits humains. La formation sera dispensée en partenariat avec plusieurs institutions, dont la Délégation générale à l’administration pénitentiaire et à la réinsertion (DGAPR), le Fonds des Nations Unies pour la population (FNUAP), l’Université Hassan II et la Faculté de médecine et de pharmacie de Casablanca.
Le cursus inauguré a pour objectif de préparer les médecins à faire face aux défis spécifiques du milieu carcéral. Il met l’accent sur l’acquisition de compétences techniques, mais aussi sur la compréhension des enjeux éthiques, sociaux et juridiques associés à la pratique de la médecine en prison. Ce programme est conçu pour permettre aux praticiens d’assurer des soins de qualité tout en respectant les droits fondamentaux des détenus, conformément aux normes internationales en matière de droits humains et d’éthique médicale.
En Afrique, la pratique de la médecine en milieu carcéral reste un domaine largement sous-exploité et souvent négligé. Les détenus, qui font face à des conditions de vie difficiles, sont souvent privés d’un accès adéquat aux soins médicaux. Dans ce contexte, la formation des médecins et du personnel soignant devient essentielle pour garantir une prise en charge qui respecte les standards internationaux. Le Maroc, à travers ce projet novateur, entend combler ce vide et servir de modèle à d’autres pays africains, en mettant en avant l’importance de la coopération Sud-Sud.
La première promotion de cette formation, constituée d’une vingtaine de médecins marocains, débutera ses cours en février 2025. À terme, la DGAPR prévoit d’étendre ce programme à d’autres pays africains, renforçant ainsi la coopération Sud-Sud. Cette initiative vise à instaurer une nouvelle norme en matière de soins de santé en milieu pénitentiaire, permettant de mieux répondre aux besoins spécifiques des détenus tout en respectant leur dignité. Un tel projet pourrait transformer la pratique de la médecine carcérale à l’échelle continentale.
Des experts dans le domaine de la médecine pénitentiaire soulignent l’importance de cette formation pour renforcer l’accès aux soins dans les prisons africaines. Selon le professeur Mohamed El Yacoubi, membre de l’équipe pédagogique, « cette formation répond à une double exigence : celle d’offrir des soins médicaux de qualité, tout en intégrant les principes fondamentaux de respect des droits humains ». Le Maroc, en mettant en place ce programme, pourrait devenir un pôle d’expertise en médecine carcérale pour l’ensemble du continent.
Au-delà de l’enseignement des compétences médicales, cette initiative reflète une volonté d’internationaliser les standards éthiques et humains en matière de soins pénitentiaires. Le Maroc entend ainsi ouvrir la voie à une meilleure reconnaissance de la médecine carcérale comme un domaine à part entière, où les droits des prisonniers sont protégés. Les retombées de ce programme pourraient avoir un impact durable sur les pratiques médicales en prison à travers l’Afrique, contribuant à un meilleur respect des droits et des conditions de santé des détenus.