Un décret présidentiel publié le lundi 26 janvier 2026 a actué un réaménagement ministériel au Niger. Le Premier ministre, Ali Mahamane Lamine Zeine, se voit retirer le portefeuille stratégique de l’Économie et des Finances qu’il cumulait avec sa fonction depuis août 2023. Ce poste est désormais confié à Mamane Laouali Abdou Rafa, ancien directeur national de la Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Ce remaniement technique, bien que limité dans son périmètre, révèle des ajustements significatifs au sein de l’exécutif nigérien issu du putsch de juillet 2023.
Ce changement traduit une redistribution des rôles au sommet de l’État. Ali Mahamane Lamine Zeine, un économiste chevronné, conserve son titre de chef du gouvernement, mais perd la gestion directe du levier financier, domaine pourtant central dans un contexte de sanctions économiques régionales. Sa politique de redressement, marquée par une rigueur budgétaire et des négociations complexes avec les partenaires extérieurs, a pu susciter des tensions au sein du Conseil national pour la sauvegarde de la patrie (CNSP), le pouvoir militaire. Aucune raison officielle n’a été avancée pour justifier cette éviction du ministère des Finances, laissant place à diverses interprétations sur les équilibres internes du régime.
Cette décision s’inscrit dans le sillage du coup d’État du 26 juillet 2023, qui a renversé le président Mohamed Bazoum et porté le général Abdourahamane Tiani au pouvoir. Depuis, le Niger est confronté à de lourdes sanctions de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), dont la fermeture des frontières et le gel des transactions financières. La gestion des Finances dans ce cadre hostile est un enjeu de survie pour la junte. Zeine, ancien ministre des Finances sous Mamadou Tandja et ex-cadre de la Banque africaine de développement (BAD), avait été choisi pour rassurer les institutions financières et gérer cette crise inédite.
La nomination de Mamane Laouali Abdou Rafa apparaît comme une réponse technique à ces défis. Son expérience à la tête de la représentation nationale de la BCEAO le place en connaisseur des arcanes de la finance ouest-africaine et des contraintes monétaires. Son arrivée pourrait signaler une volonté du CNSP d’affiner sa stratégie financière, peut-être en cherchant des marges de manœuvre au sein du système de la zone franc. Cependant, la marge de manœuvre réelle du nouveau ministre reste à déterminer dans un appareil d’État où le pouvoir décisionnel ultime demeure concentré entre les mains des militaires.
Selon un analyste nigérien, ces ministres technocrates servent avant tout « d’outils pour les militaires, mais sans réel pouvoir de décision ». Cette perception souligne la nature hybride du pouvoir à Niamey, où une façade civile et compétente est maintenue pour la gouvernance quotidienne, tandis que l’autorité réelle réside au sein du CNSP. La nomination d’un spécialiste de la BCEAO pourrait également être interprétée comme un signal adressé aux partenaires régionaux, visant à démontrer une certaine orthodoxie financière malgré le contexte politique.
L’entourage du Premier ministre a fermement démenti les rumeurs récurrentes sur son départ imminent, affirmant que sa position reste consolidée. Néanmoins, ce recentrage de ses attributions pose question. Il pourrait s’agir d’un moyen pour la junte de mieux contrôler la politique économique, domaine sensible où les décisions ont un impact direct sur la légitimité populaire du régime et sa résilience face aux pressions. L’efficacité de ce nouveau binôme Zeine-Rafa sera rapidement testée par la capacité de l’État à assurer le paiement des salaires, à financer les importations essentielles et à négocier la sortie de l’impasse régionale.
Finalement, ce réajustement technique est loin d’être anodin. Il reflète les tensions inhérentes à tout régime de transition issu d’un coup d’État, tiraillé entre la nécessité d’une expertise crédible et le réflexe de contrôle politique absolu. L’évolution des rapports de force au sein du CNSP et la gestion des dossiers financiers brûlants, comme la renégociation des contrats miniers ou la recherche de nouveaux bailleurs de fonds, détermineront si ce changement est une simple réorganisation de façade ou le prélude à une nouvelle orientation économique pour le Niger.



