Le Burkina Faso franchit une nouvelle étape dans la structuration de sa politique de défense et de reconstruction nationale. Quelque 710 volontaires, issus de la première vague de recrutement de l’Agence Faso Mêbo, viennent d’achever leur formation militaire initiale au Centre national de formation des Volontaires pour la défense de la patrie (VDP). Selon les médias publics, cette promotion a suivi un programme intensif de trois semaines visant à les préparer aux défis sécuritaires avant leur déploiement sur les chantiers de développement.
Ce cursus accéléré, détaillé par le commandant Ousseni K. Zida, ne se limite pas au simple port d’arme. Les recrues ont été formées aux tactiques militaires et au maniement des armes, indispensables dans un contexte où les zones d’intervention restent exposées à la menace terroriste. Le programme a également mis l’accent sur le secourisme au combat et les techniques d’action immédiate, signe que ces agents devront être capables de réagir en cas d’attaque, brouillant un peu plus la frontière entre le soldat et le bâtisseur.
Initiée en octobre 2024 par le chef de l’État, le capitaine Ibrahim Traoré, et officiellement érigée en agence dotée d’un statut institutionnel fin janvier 2026, Faso Mêbo incarne la volonté du pouvoir de lier étroitement la lutte armée à l’effort de développement. Le choix du nom, qui signifie “le Burkina se construit” en mooré, est explicite : il s’agit de reconquérir le territoire non pas seulement par les armes, mais en réimplantant physiquement l’État et ses infrastructures dans les zones longtemps délaissées.

Concrètement, l’agence a pour mission d’intervenir sur des chantiers stratégiques souvent paralysés par l’insécurité ou l’enclavement. Ses priorités incluent la construction et la réhabilitation de routes, l’assainissement, l’embellissement des centres urbains, et surtout le désenclavement des zones rurales. L’objectif affiché est d’accélérer les projets d’urbanisation en mobilisant une main-d’œuvre déjà rompue aux réalités du terrain sécuritaire : les VDP spécialisés dans la construction.
Avec ce premier contingent de 710 éléments désormais opérationnels, la question de leur intégration dans l’écosystème existant se pose. Si l’agence affirme pouvoir compter sur des entreprises et des personnalités dédiées, le risque de doublons ou de tensions avec les services techniques classiques de l’État (Directions des infrastructures, mairies) reste réel. L’efficacité de Faso Mêbo se mesurera à sa capacité à ne pas se substituer aux ministères, mais à les appuyer là où l’insécurité chronique paralyse l’action publique depuis des années.



