Le combat judiciaire de la famille Bongo se déplace sur le terrain universitaire français. Les avocats de l’ex-première dame Sylvia Bongo et de son fils Nourredin ont officiellement demandé, dans un courrier daté du 23 février 2026 adressé au ministre français de l’Enseignement supérieur, le retrait du doctorat en droit obtenu par le procureur général Eddy Narcisse Minang. Ils l’accusent d’avoir « déshonoré » son grade en étant l’instrument de ce qu’ils estiment être une violation massive des droits de la défense.
Cette offensive judiciaire inédite fait suite aux lourdes condamnations prononcées mi-novembre 2025 par la cour d’appel de Libreville. Sylvia et Nourredin Bongo ont été reconnus coupables de détournements massifs de fonds publics et condamnés par contumace à vingt ans de réclusion criminelle. Pour leur défense, menée par l’avocat François Zimeray, le rôle du procureur Minang dans l’instruction de ce procès, marqué par l’absence des accusés et de leurs conseils, est en contradiction flagrante avec les principes fondamentaux du droit qu’il a juré de défendre en obtenant son titre à l’Université Paris-Panthéon-Assas en 2023.
« On ne peut pas à la fois se prévaloir d’un diplôme en droit octroyé par les autorités académiques françaises et être l’instrument d’une violation massive du droit », a déclaré Me Zimeray, justifiant cette démarche rare. Pour la défense, ce n’est pas la culpabilité présumée de ses clients qui est en jeu, mais le non-respect des procédures. Ils dénoncent un procès expéditif, retransmis en direct, où le droit à un procès équitable, pierre angulaire de toute justice, aurait été systématiquement bafoué.
L’affaire s’inscrit dans le contexte politique tendu qui a suivi le coup d’État du 30 août 2023, mené par le général Brice Oligui Nguema, aujourd’hui élu président. Sylvia et Nourredin Bongo, figures de l’ancien régime d’Ali Bongo, ont été arrêtés immédiatement après la chute du président déchu. Après vingt mois de détention provisoire au Gabon, ils ont été remis en liberté et ont quitté le pays, ne faisant donc pas acte de présence lors de leur procès dont le montant des détournements allégués s’élève à près de 7,5 milliards d’euros.
La suite de cette procédure est désormais entre les mains des autorités académiques françaises, qui devront évaluer la recevabilité d’une telle demande. Au-delà de son issue incertaine, cette initiative vise à délégitimer sur la scène internationale les procédures judiciaires engagées par les nouvelles autorités gabonaises contre le clan Bongo, en pointant du doigt la probité d’un de ses principaux artisans.
Pour les observateurs, cette requête s’apparente à un coup d’éclat médiatique et juridique. En attaquant le titre universitaire d’un magistrat étranger, la défense espère maintenir la pression sur Libreville et internationaliser le contentieux, tout en rappelant que la lutte contre la corruption, si elle est légitime, ne saurait justifier, selon elle, l’abandon des principes fondamentaux de l’État de droit.



