Le président en exercice de l’Union africaine, le général Évariste Ndayishimiye, est arrivé lundi matin à Ouagadougou pour une visite de travail dont l’objectif affiché est de renforcer la coopération entre l’organisation panafricaine et la Confédération des États du Sahel (AES). Accueilli sur le tarmac par le capitaine Ibrahim Traoré, chef de la transition burkinabè, il s’agit du premier déplacement d’un responsable de l’UA dans l’un des trois pays de l’AES depuis la rupture annoncée avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).
Au programme de cette visite éclair : un entretien en tête à tête au palais de Koulouba, consacré aux questions sécuritaires et aux perspectives d’intégration régionale. Les deux hommes doivent également visiter plusieurs infrastructures socio économiques de la capitale burkinabè. Selon la présidence du Faso, cette rencontre stratégique intervient alors que l’AES, qui regroupe le Mali, le Burkina Faso et le Niger, poursuit la consolidation de son architecture institutionnelle, en parallèle d’une sortie effective de la Cédéao actée pour 2024.
Depuis les coups d’État successifs dans les trois pays sahéliens, les relations avec l’Union africaine étaient restées en surface, marquées par des suspensions institutionnelles et des critiques timides d’Addis-Abeba. Mais la rupture avec la Cédéao, perçue par les nouvelles autorités comme inféodée aux puissances occidentales, a changé la donne. En recevant Ndayishimiye, membre lui même d’une transition militaire au Burundi, l’UA envoie un signal clair : elle ne peut se permettre de laisser tout le Sahel s’éloigner sans dialogue direct.
Ce déplacement pourrait ouvrir la voie à une médiation discrète entre l’UA et l’AES sur des dossiers brûlants : le calendrier du retour à l’ordre constitutionnel, la gestion des forces armées et la coordination des aides internationales. À moyen terme, il s’agit pour l’Union africaine de maintenir un lien politique avant que la Confédération ne consolide ses propres alliances, notamment avec la Russie ou des acteurs non traditionnels du continent. Les prochaines semaines diront si cette main tendue débouche sur une feuille de route ou reste un geste isolé.
Rien n’indique pour l’instant que cette visite modifie la position des trois pays sahéliens sur leur souveraineté militaire. Le capitaine Traoré et ses homologues malien et nigérien répètent que leur priorité reste la lutte contre les groupes djihadistes, loin des protocoles d’Addis Abeba. Mais un haut responsable burkinabè confie sous couvert d’anonymat : « Ndayishimiye parle le même langage que nous. Il sait ce qu’est un putsch et une transition. Cela change la discussion. »
Sur le terrain, l’AES commence à structurer des institutions communes, dont une force militaire et un fonds de développement. L’UA, qui craint un effet domino dans d’autres régions fragiles d’Afrique de l’Ouest, voit dans ce déplacement une occasion de peser sur l’orientation future de cette confédération naissante. La question reste ouverte : l’UA parviendra t elle à jouer un rôle de passerelle, ou sera t elle cantonnée à un rôle d’observateur impuissant face à la défiance régionale ? La réponse se joue à Koulouba, dans un huis clos entre deux généraux devenus présidents.



