L’armée malienne annonce avoir mené une frappe aérienne de précision, le 18 avril, contre un important refuge de groupes armés terroristes dans la localité de Lakamané, dans la région de Nioro, à l’ouest du pays. Selon un communiqué officiel des Forces armées maliennes (FAMa), le site a été entièrement détruit et plusieurs combattants ennemis ont été neutralisés. Une opération terrestre simultanée a permis de récupérer deux citernes, plusieurs véhicules et motos.
Dans le détail, la frappe a eu lieu en début de matinée. Les FAMa affirment avoir visé un sanctuaire logistique utilisé par des groupes djihadistes pour organiser des attaques et stocker du matériel. Parallèlement, le même jour, dans le nord du pays, l’armée a détruit trois pick up dissimulés près de Kidal, une ville historiquement rebelle et longtemps échappant au contrôle de Bamako. Des terroristes ont également été éliminés lors de cette opération. L’armée ne précise pas encore l’identité des groupes visés, mais la zone de Nioro est connue pour la présence de la katiba Macina et de factions liées à l’État islamique.
Ces opérations s’inscrivent dans une stratégie militaire plus large menée par la junte au pouvoir depuis 2020. Après la rupture avec la force française Barkhane et la mission onusienne MINUSMA, Bamako s’est rapproché de la Russie et s’appuie désormais sur des mercenaires de Wagner, rebaptisés Africa Corps, pour mener une guerre d’usure contre les groupes armés. La région de Nioro, proche de la frontière mauritanienne, est un couloir stratégique pour le trafic et les mouvements djihadistes. Les succès militaires sont régulièrement communiqués par les FAMa, mais leur vérification indépendante reste quasi impossible sur le terrain.
À court terme, ces frappes visent à sécuriser les axes routiers et à rassurer les populations locales avant la saison des pluies, période où les déplacements des forces régulières deviennent plus difficiles. À moyen terme, l’armée malienne cherche à consolider sa reconquête territoriale entamée après la prise de Kidal en novembre 2023. Toutefois, les groupes djihadistes, bien qu’affaiblis, conservent une capacité de nuisance, notamment via des embuscades et des explosifs. La coopération avec les forces russes et les supplétifs locaux reste essentielle, mais aussi source de tensions avec les communautés civiles, souvent prises entre deux feux.
Un observateur basé à Bamako, qui suit les opérations de sécurité depuis cinq ans, souligne que les annonces militaires doivent être lues avec prudence. « Les frappes aériennes sont efficaces pour détruire des infrastructures, mais elles ne remplacent pas un contrôle civil et judiciaire des zones reconquises. Sans présence administrative et services de base, les mêmes zones redeviennent des sanctuaires en quelques mois », explique t il. Les habitants de la région de Nioro, joints par des canaux locaux, confirment une accalmie temporaire, mais craignent des représailles djihadistes contre les villages accusés de collaborer avec l’armée.
Sur le plan politique, ces annonces interviennent alors que la junte reporte sine die les élections présidentielles et consolide son emprise. Chaque succès militaire est utilisé comme un argument de légitimité interne. Pourtant, la violence n’a pas diminué au Mali : le nombre d’attaques contre civils et soldats reste élevé selon les rapports non publiés des Nations unies. L’absence de médiation politique avec les communautés touarègues et arabes du nord, combinée à la radicalisation de certains groupes, laisse présager une guerre longue. Le défi pour Bamako n’est plus seulement militaire : il est politique, économique et humanitaire.



