Le gouvernement congolais, conduit par le premier ministre Anatole Collinet Makosso, a officiellement présenté sa démission. Une décision intervenue au lendemain de la réélection de Denis Sassou Nguesso, dont le nouveau mandat de cinq ans a été scellé par une prestation de serment le 16 avril. La présidence a immédiatement accepté cette démission, ouvrant la voie à un remaniement complet de l’exécutif.
Cette démission collective n’a rien d’une surprise. Elle répond à une logique institutionnelle classique dans les régimes présidentiels africains francophones. Après chaque scrutin présidentiel, le gouvernement sortant se met en retrait pour laisser au chef de l’État la liberté de choisir une nouvelle équipe. Pourtant, dans le cas congolais, cette pratique revêt une dimension supplémentaire. Elle permet surtout au président Sassou Nguesso de resserrer les rangs après une campagne électorale sans opposition réelle et marquée par une abstention massive.
Denis Sassou Nguesso entame ainsi son cinquième mandat à la tête du Congo Brazzaville. Arrivé au pouvoir pour la première fois en 1979, il a dominé la vie politique congolaise pendant plus de quatre décennies, à l’exception d’une courte parenthèse entre 1992 et 1997. La Constitution de 2002, puis sa révision controversée de 2015, lui ont permis de se représenter sans limite d’âge ni de mandat. L’opposition, fragmentée et étouffée, n’a jamais réussi à constituer une menace sérieuse. Le pays, riche en pétrole mais dont la majorité de la population vit sous le seuil de pauvreté, reste sous emprise sécuritaire et clientéliste.
Les prochaines semaines diront si Anatole Collinet Makosso, en poste depuis mai 2021, sera reconduit ou remplacé. Rien n’est moins sûr. Sassou Nguesso a toujours cultivé l’art de l’équilibre instable entre les factions du Parti congolais du travail (PCT) et les alliés de la majorité présidentielle. La démission actuelle n’est donc pas une simple formalité administrative. Elle annonce une séquence de tractations intenses, où les portefeuilles régaliens (pétrole, finances, sécurité) seront âprement disputés. À terme, c’est la capacité du régime à gérer sa propre succession qui se joue, dans un pays miné par la corruption et l’absence de perspectives pour la jeunesse.
Un ancien ministre, sous couvert d’anonymat, confie à Jeune Afrique : « Ici, tout est affaire de loyauté personnelle au président. Les compétences comptent peu. Ce remaniement ne changera rien aux équilibres réels du pouvoir. » Cet avis reflète une réalité crue. Depuis des années, les gouvernements se succèdent sans transformation profonde de l’appareil d’État. Les institutions restent des coquilles vides, et la rue, réprimée à la moindre velléité de contestation, n’attend plus grand chose de ces jeux de chaises musicales.
Ce cinquième mandat s’ouvre dans un contexte régional explosif. La guerre civile au Soudan voisin, l’instabilité au Sahel et les tensions en République centrafricaine fragilisent encore davantage l’environnement sécuritaire du Congo. Pourtant, Brazzaville, fidèle alliée de la junte centrafricaine et du pouvoir rwandais, continue de jouer les médiatrices sans réel poids diplomatique. La démission du gouvernement actuel ne changera rien à cette donne géopolitique. Elle confirme simplement que Denis Sassou Nguesso, à 80 ans passés, entend gouverner jusqu’à son dernier souffle, sans partage, sans contrepoids et sans projet collectif clair pour les 5,6 millions de Congolais.



