Le Royaume-Uni a annoncé, mardi 3 mars, la suspension des visas étudiants pour les ressortissants de quatre pays, dont le Cameroun. Londres justifie cette décision radicale par des « abus » du système : de nombreux étudiants contourneraient la procédure de demande d’asile en utilisant ce sésame académique pour s’installer définitivement sur le sol britannique.
À partir du 26 mars, les étudiants camerounais, indiens, soudanais et birmans ne pourront plus obtenir ce type de visa. La ministre de l’Intérieur, Shabana Mahmood, a justifié cette mesure inédite par la nécessité de protéger un système qu’elle juge trop « généreux » et exploité. Selon le Home Office, le nombre de demandes d’asile déposées par des personnes entrées légalement au Royaume-Uni a triplé depuis 2021. Pour les seuls étudiants des quatre pays concernés, la hausse atteint même 470 % sur la même période, passant de 2 900 visas accordés à 1 210 demandes d’asile.
Cette annonce s’inscrit dans un contexte politique tendu au Royaume-Uni. Le gouvernement travailliste de Keir Starmer, soumis à la pression électorale du parti anti-immigration Reform UK, a fait de la réduction de l’immigration légale et illégale une priorité. En 2024, les demandes d’asile ont frôlé les 110 000, un record. La facture pour le contribuable britannique est devenue un argument politique majeur : le soutien financier aux demandeurs d’asile, dont 16 000 personnes issues des pays désormais visés, coûterait plus de 4 milliards de livres par an.
Ce n’est pas la première fois que Londres manie l’arme des visas comme levier de pression migratoire. En novembre 2025, le gouvernement avait menacé de restreindre l’accès aux visas pour l’Angola, la Namibie et la République démocratique du Congo. L’objectif était alors de forcer ces capitales à coopérer sur les expulsions de leurs ressortissants en situation irrégulière. Une stratégie qui a porté ses fruits, selon le Home Office, qui se félicite aujourd’hui de la mise en place de vols de retour réguliers.
Au-delà de cette suspension ciblée, le gouvernement britannique a engagé une refonte plus large de son droit d’asile. Depuis le 1er mars, le statut de réfugié n’est plus accordé que pour une période renouvelable de trente mois, contre cinq ans auparavant. Parallèlement, une réforme plus ambitieuse prévoit de faire passer à vingt ans le délai avant qu’un réfugié ne puisse prétendre à un permis de résidence permanent. Le gouvernement promet en contrepartie d’ouvrir de nouvelles « voies légales » d’immigration, sans en préciser la nature pour l’instant.
Pour les étudiants camerounais, cette décision est un coup d’arrêt brutal. Le Royaume-Uni était devenu une destination prisée, notamment pour les anglophones des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest, en proie à un conflit armé. Si Londres dénonce un détournement de procédure, cette mesure risque aussi de pénaliser de nombreux étudiants sincères, et de couper l’accès à des formations de haut niveau pour toute une génération, faute d’alternatives aussi attractives dans l’espace francophone ou en Amérique du Nord.



