Pendant deux ans, la dévaluation du naira a masqué une réalité que les résultats 2025 rendent impossible à ignorer : les filiales de la zone franc sont devenues le principal centre de profit d’United Bank for Africa. Avec un bénéfice net cumulé de 323 milliards de nairas, elles représentent désormais 80 % du résultat consolidé du groupe nigérian. Un basculement silencieux, mais désormais irréversible.
Le groupe dirigé par Tony Elumelu a publié en février 2026 un bénéfice net en chute de 47 % à l’échelle consolidée, tombé à 405 milliards de nairas. La maison mère nigériane, asphyxiée par la normalisation des taux de change et une hausse brutale des provisions, a vu son résultat avant impôt frôler zéro. Pourtant, cette lecture agrégée est trompeuse. Les filiales CFA, elles, ont dégagé 323 milliards de nairas. En clair : sans la zone franc, UBA serait aujourd’hui exsangue.
Dès 2020, la zone franc contribuait à 35 % du résultat net consolidé d’UBA. En 2021, les filières CFA généraient 47 milliards de nairas. Puis vint 2023 : la dévaluation décidée par Bola Tinubu a artificiellement gonflé les comptes nigérians grâce aux gains de change, faisant chuter la part relative de la zone CFA à 20 %. Beaucoup ont alors cru à un simple pari stratégique. Erreur. En 2025, la normalisation achevée, la vérité éclate : les filiales CFA ont multiplié leur résultat par huit depuis 2020, sans aucune interruption, y compris pendant les années de windfall nigérian.
À l’intérieur de la zone, l’UEMOA domine avec 217 milliards de nairas de bénéfice, portée par une seule filiale : UBA Côte d’Ivoire. Celle-ci a doublé son résultat en un an, à 125 milliards, soit 39 % du bénéfice total de la zone CFA, plus que l’ensemble des quatre filiales CEMAC réunies. Ce dynamisme repose sur la croissance des revenus d’intérêts et un portefeuille corporate bien maîtrisé. Mais cette concentration expose le groupe. Un choc macroéconomique ou sectoriel à Abidjan menacerait désormais directement l’ensemble de la rentabilité d’UBA.
La zone CEMAC, elle, marque le pas. Après un pic à 134 milliards en 2024, le bénéfice recule de 21 % en 2025, à 106 milliards. UBA Cameroun, pourtant première filiale de la zone, voit son résultat chuter de 64 à 41 milliards sous l’effet d’une envolée des provisions pour créances douteuses. À l’opposé, UBA Congo Brazzaville progresse de 45 %, et UBA Gabon stabilise ses comptes malgré la transition politique. Cette cartographie contrastée rappelle une vérité dérangeante pour les actionnaires nigérians : la zone CFA porte désormais le groupe, mais sa fragilité interne et sa concentration ivoirienne imposent une gestion des risques beaucoup plus fine qu’hier. UBA a réussi là où presque toutes les banques nigérianes ont échoué. Reste à savoir si ce succès ne devient pas, demain, un talon d’Achille.



