Le secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a lancé une mise en garde sans ambages : l’Afrique accuse un déficit annuel de financement pour son développement pouvant atteindre 1 600 milliards de dollars. Dans un message vidéo adressé au Forum régional africain sur le développement durable à Addis-Abeba, il a jugé cette situation intenable et directement aggravée par une crise de la dette qui étrangle les marges de manœuvre des États.
Guterres a dénoncé un mécanisme financier profondément inéquitable. Certains pays africains paient des taux d’intérêt jusqu’à trois fois supérieurs aux taux de référence, ce qui hypothèque leurs capacités d’investissement dans des secteurs essentiels comme l’énergie, l’éducation ou les infrastructures. Pour lui, ce n’est pas un simple aléas de marché, mais le symptôme d’un système international obsolète. Il a réclamé des réformes urgentes, conformément à l’Engagement de Séville déjà porté par les États membres.
Ce déficit ne surgit pas de nulle part. L’Afrique subit des chocs cumulés : changement climatique, conflits, barrières commerciales, urbanisation sauvage. Des centaines de millions d’habitants n’ont toujours pas accès à l’eau potable ni à l’électricité. Parallèlement, les institutions financières internationales, largement pilotées par les pays donateurs historiques, continuent d’imposer des conditions de crédit défavorables au continent. La marge de négociation d’Addis-Abeba ou de Pretoria reste structurellement limitée.
Guterres voit pourtant une issue. Il prône une double transformation : investir massivement dans une transition énergétique juste, et utiliser des instruments continentaux comme la Zone de libre échange continentale africaine (ZLECAf) pour industrialiser, connecter et créer des emplois. Mais cela suppose une refonte profonde de la gouvernance financière mondiale, avec une meilleure représentation africaine dans les institutions de Bretton Woods. Faute de quoi, même les meilleures stratégies internes se heurteront au mur de la dette.
Le forum d’Addis-Abeba a réuni responsables politiques, agences onusiennes, société civile et secteur privé. L’objectif était clair : évaluer les progrès réels du continent et dégager une position commune avant les grandes échéances internationales sur le développement durable. Mais dans les couloirs, beaucoup jugent la feuille de route onusienne trop timide. Tant que les décisions clés dépendront de bailleurs aux intérêts souvent divergents, l’autonomie financière de l’Afrique restera une illusion.
Guterres a insisté sur une vérité qui dérange : le déficit n’est pas seulement financier. Il est politique. L’énergie propre, l’industrialisation et la technologie peuvent former un cercle vertueux, à condition que la solidarité mondiale ne soit pas qu’un slogan. Sans réallocation des droits de tirage spéciaux, sans annulation des dettes toxiques, sans représentation équitable au FMI ou à la Banque mondiale, l’Agenda 2063 restera un vœu pieux. Le temps des discours de consolation est révolu.



