Le général Assimi Goïta, président de la Transition malienne, est réapparu publiquement ce mardi 28 avril 2026 à Koulouba, trois jours après les attaques coordonnées qui ont coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara. Il recevait l’ambassadeur de Russie, Igor Gromyko, pour une audience dont la communication officielle évoque « la situation actuelle » et le partenariat bilatéral. Cette sortie met fin à un silence de plusieurs jours, mais ne dissipe pas les zones d’ombre sur le bilan réel et l’évolution du rapport de forces sur le terrain.
Selon la présidence malienne, les échanges ont permis à Igor Gromyko de réaffirmer l’engagement russe aux côtés des Forces armées maliennes (FAMa) dans la lutte antiterroriste, en insistant sur l’action conjointe avec les forces russes présentes sur place. L’ambassadeur a souhaité « des succès » aux deux camps et qualifié la Russie d’« amie du Mali ». Une formulation qui intervient alors que des sources concordantes, y compris internationales, font état de pertes russes et d’un recul tactique à Kidal, reprise par les rebelles du Front de libération de l’Azawad (FLA). La communication officielle, elle, maintient que la situation reste sous contrôle.
Les attaques du 25 avril ont visé plusieurs points stratégiques, dont Kati, ville garnison proche de Bamako, et ont été revendiquées à la fois par le JNIM, affilié à Al Qaïda, et par le FLA. La mort du général Sadio Camara, figure centrale de l’appareil sécuritaire malien et artisan du rapprochement avec Moscou, leur donne une portée singulière. Sanctionné par le Trésor américain en juillet 2023 pour avoir facilité le déploiement de Wagner, il avait vu ces sanctions levées en février 2026. Sa disparition crée un vide à la tête d’un ministère clé, au moment même où la présence russe est fragilisée sur le terrain.
La réapparition d’Assimi Goïta ne répond pas aux trois interrogations majeures qui pèsent désormais sur la junte. D’abord, l’ampleur réelle des pertes maliennes et russes, alors que des éléments de l’Africa Corps auraient été évacués de Kidal après sa reprise par le FLA. Ensuite, la recomposition du commandement militaire après l’assassinat de Sadio Camara. Enfin, la capacité des FAMa et de leurs alliés russes à reconquérir des localités symboliquement fortes comme Kidal, reprise par l’armée malienne en novembre 2023 après le départ de la Minusma. La perte de cette ville constitue un revers majeur pour le récit de la « reconquête de l’autorité de l’État ».
L’audience avec l’ambassadeur russe a surtout valeur de signal politique. En brisant son silence public, Assimi Goïta cherche à afficher la continuité de l’alliance avec Moscou et à conjurer tout soupçon de vacillement après les attaques. Mais cette stratégie de communication bute sur des faits concrets : la perte de Kidal, les doutes sur l’efficacité de l’Africa Corps, et l’incapacité à protéger un ministre de la Défense dans une garnison. À Bamako, les spéculations sur une éventuelle restructuration de l’appareil sécuritaire se multiplient. La junte, jusqu’ici adepte du contrôle strict de l’information, n’a pas encore livré de bilan précis des affrontements. Un silence qui, à force d’être répété, finit par nourrir la défiance.
Le choix de réapparaître aux côtés du diplomate russe, et non devant les familles des victimes ou les troupes sur le terrain, en dit long sur les priorités politiques du moment. Pour Goïta, l’essentiel est de maintenir la fiction d’un partenariat stratégique solide, alors même que les rapports de force locaux se dégradent. Mais cette mise en scène risque de se retourner contre lui si les revers militaires se confirment. Le FLA contrôle désormais à nouveau Kidal, et le JNIM frappe aux portes de Bamako. Dans ce contexte, l’absence de transparence et la communication strictement contrôlée ne suffisent plus à masquer une réalité : l’État malien, soutenu par Moscou, n’a pas encore retrouvé l’initiative stratégique.



