La Banque centrale des États de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO) a adressé un satisfecit remarqué aux autorités maliennes de transition. À l’occasion d’une rencontre le 6 mars avec le colonel Assimi Goïta, une délégation de l’institution a salué la vigueur de l’économie nationale, qui affiche une croissance soutenue et une maîtrise exemplaire de l’inflation. Ce satisfecit intervient dans un contexte où le pays est sous le coup de sanctions et de pressions diplomatiques de la part de ses partenaires régionaux et internationaux.
L’institution financière a mis en avant des indicateurs macroéconomiques particulièrement robustes. Selon les données présentées au chef de l’État, le Mali enregistre un taux de croissance supérieur à 6 %, tandis que l’inflation est maintenue à un niveau contenu de 2 %. Ces performances, dans un environnement sahélien marqué par l’insécurité et l’isolement diplomatique, témoignent d’une capacité de résistance de l’appareil productif et d’une gestion monétaire rigoureuse, conforme aux critères de convergence de l’Union économique et monétaire ouest-africaine (UEMOA).
Pour comprendre la portée de ces éloges, il faut rappeler le contexte particulier des relations entre Bamako et ses partenaires régionaux. Depuis la prise de pouvoir par les militaires en 2020 et le refus d’organiser des élections dans les délais impartis, le Mali a vu ses relations se dégrader avec une partie de la communauté internationale, notamment la CEDEAO, qui a imposé de lourdes sanctions économiques avant de les lever. La visite de la BCEAO, souvent perçue comme le bras armé de la politique monétaire de l’Union, pourrait signaler une volonté de préserver le dialogue technique et économique, en dépit des tensions politiques avec les instances dirigeantes de l’UEMOA.
Au-delà des satisfecit, cette rencontre a permis d’aborder les perspectives de renforcement de la coopération financière. La délégation a fait le point sur l’avancement des travaux de construction de la nouvelle succursale de la BCEAO à Mopti. Ce projet, stratégique pour une région du centre du Mali éprouvée par le conflit et l’insécurité, vise à améliorer l’inclusion financière et à faciliter les transactions économiques locales. Il s’agit d’un signal tangible de l’engagement de l’institution à soutenir le développement sur l’ensemble du territoire.
Cette performance économique pose néanmoins une question centrale pour l’avenir. La résilience affichée par les chiffres macroéconomiques peut-elle durablement tenir lieu de rempart face à l’instabilité politique et à la dégradation du climat des affaires ? Si la BCEAO salue la gestion technique, les investisseurs privés, eux, restent souvent attentifs à la prévisibilité juridique et à la stabilité institutionnelle. Le pari des autorités de transition est de transformer ces fondamentaux économiques solides en un levier de sortie de crise et de consolidation d’un nouveau modèle de gouvernance.



