L’ancien chef du gouvernement burundais, le général Alain-Guillaume Bunyoni, a été remis en liberté provisoire ce mercredi pour « raisons médicales », a-t-on appris de source judiciaire. Condamné à la réclusion à perpétuité fin 2023 pour atteinte à la sûreté de l’État, tentative de coup d’État et enrichissement illicite, l’ex-dirigeant purgeait sa peine depuis plusieurs mois. C’est depuis son lit d’hôpital à Gitega, où il était hospitalisé depuis octobre, qu’il a été autorisé à regagner son domicile de Bujumbura afin d’y poursuivre son traitement.
Cette décision judiciaire intervient alors que l’état de santé de l’ancien Premier ministre n’a cessé de se dégrader durant sa détention. En décembre, il avait déjà été transféré en urgence vers un établissement hospitalier de Bujumbura, son entourage évoquant alors un état « préoccupant ». Selon plusieurs organisations de défense des droits de l’homme, Alain-Guillaume Bunyoni souffre d’une forme grave de diabète, pathologie que les conditions carcérales auraient significativement aggravée.
Figure centrale du pouvoir burundais pendant plus d’une décennie, Alain-Guillaume Bunyoni a longtemps incarné l’aile dure du régime. Proche de l’ancien président Pierre Nkurunzizia, il a occupé le poste stratégique de ministre de la Sécurité publique pendant dix ans avant d’être nommé Premier ministre en 2020 par l’actuel chef de l’État, Évariste Ndayishimiye. Cette ascension fulgurante faisait de lui l’un des hommes les plus puissants du pays, jusqu’à ce que les soupçons de la présidence ne se tournent vers lui.
Sa chute a été aussi rapide que son ascension. En 2022, il est brutalement limogé de ses fonctions, quelques jours après qu’Évariste Ndayishimiye a publiquement mis en garde contre des « velléités de coup d’État » ourdies contre lui. Tout au long de son procès, l’ancien général a constamment plaidé non coupable, dénonçant des accusations qu’il estimait infondées.
Cette libération provisoire, bien que motivée par des raisons humanitaires, soulève néanmoins des interrogations sur la suite du parcours judiciaire de l’ancien Premier ministre. Si son état de santé venait à s’améliorer, rien n’indique pour l’instant que cette mesure puisse déboucher sur une grâce présidentielle ou une révision de sa peine. Dans un Burundi où les procès des figures politiques déchues sont souvent perçus comme des règlements de comptes, cette décision pourrait être interprétée comme un geste d’apaisement, ou au contraire comme une simple parenthèse médicale avant le retour en détention.
Sur le plan politique, l’affaire Bunyoni illustre les fractures persistantes au sein de l’ex-rébellion du CNDD-FDD, au pouvoir depuis 2005. L’éviction et la condamnation de celui qui fut le numéro deux du régime ont envoyé un signal fort à l’appareil sécuritaire et politique : la loyauté au président Ndayishimiye est désormais la condition absolue de la survie politique. Le sort réservé à l’ancien Premier ministre sert d’avertissement à toute velléité de dissidence au sein d’un pouvoir qui, sous des dehors de normalisation, reste profondément verrouillé par l’establishment militaire.



