Face à une demande intérieure en pleine explosion, le Togo cherche à sécuriser son approvisionnement électrique en augmentant ses achats auprès de son puissant voisin nigérian. Une rencontre a récemment eu lieu entre les dirigeants de la société publique nigériane Niger Delta Power Holding Company (NDPHC) et une délégation de la Compagnie Energie Electrique du Togo (CEET) pour acter cette volonté de renforcement de la coopération énergétique bilatérale.
Actuellement, la CEET, basée à Lomé, reçoit environ 75 mégawattheures du Nigeria via la NDPHC. Mais cette capacité ne suffit plus. Le directeur général de la CEET a officiellement sollicité une hausse des volumes, justifiée par l’arrivée continue de nouveaux clients, notamment dans les secteurs industriel et commercial. Il a également souligné l’impact des politiques publiques togolaises visant à généraliser l’accès à l’électricité sur l’ensemble du territoire, une ambition qui exige une puissance stable et accrue.
Cette requête s’inscrit dans un contexte plus large de fragilité du marché électrique ouest-africain. De nombreux pays côtiers, comme le Togo, le Bénin ou le Ghana, peinent à produire une énergie suffisante pour couvrir leurs besoins, malgré des potentiels souvent inexploités. Le Nigeria, de son côté, bien que confronté à ses propres défis de distribution intérieure, dispose d’une capacité de production excédentaire grâce au National Integrated Power Project, un atout majeur pour l’intégration régionale prônée par la CEDEAO.
Si la volonté politique est affichée, sa concrétisation repose sur des bases financières solides. La directrice générale de la NDPHC, Jennifer Adighije, a conditionné cette hausse des exportations à la mise en place de « mécanismes commerciaux bancables et durables ». Pour Abuja, l’enjeu est clair : sécuriser des garanties de paiement crédibles afin d’éviter les impayés et les risques souvent associés aux transactions transfrontalières, tout en préservant la santé financière de l’opérateur public.
L’établissement de ce cadre contractuel robuste apparaît comme la clé de voûte du partenariat à venir. Au-delà de la simple vente d’électricité, c’est un test pour la viabilité des échanges énergétiques en Afrique de l’Ouest. Un accord réussi avec le Togo pourrait servir de modèle pour d’autres pays de la région, permettant au Nigeria de jouer pleinement son rôle de « batterie » de l’Afrique de l’Ouest, à condition que ses partenaires soient en mesure de garantir une relation commerciale équilibrée et pérenne.
La réunion s’est achevée sur une note constructive, les deux parties réaffirmant leur engagement commun en faveur d’une intégration électrique régionale. Reste à transformer cette dynamique en accords concrets, un passage obligé pour que la lueur d’espoir d’une électrification massive ne s’éteigne pas face aux réalités budgétaires et aux lourdeurs administratives.



