Au deuxième jour de l’Africa CEO Forum à Kigali, le président rwandais Paul Kagame a reconnu que les sanctions américaines visant son armée et plusieurs hauts gradés « font mal, absolument ». Il a toutefois exclu toute forme de capitulation, affirmant qu’il serait « plus douloureux de ne pas faire ce que nous faisons » au regard des intérêts stratégiques du Rwanda dans l’est de la République démocratique du Congo.
Annoncées en mars par Washington, ces sanctions ciblent directement le soutien présumé de Kigali à la rébellion de l’AFC/M23, après la prise éphémère de la ville d’Uvira. Pour Kagame, les mesures américaines sont injustes car elles ne frappent qu’une seule partie du conflit. Il a dénoncé un système où les sanctions dépendent du « plus offrant », notamment en matière d’accès aux minerais stratégiques. Une déclaration qui, prononcée devant 2 800 délégués et six chefs d’État, transforme le forum économique en tribune politique.
Les tensions entre Kinshasa et Kigali s’inscrivent dans une guerre régionale ancienne, ravivée depuis 2021 par la rébellion du M23. Kinshasa accuse régulièrement le Rwanda de vouloir piller les ressources du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. En mars, les États-Unis ont justifié leurs sanctions par le non-respect par Kigali des accords de paix. Le gouvernement congolais a salué cette décision comme un signal fort pour la souveraineté et l’intégrité territoriale de la RDC. Mais pour Kagame, le jugement occidental reste partial et instrumentalisé.
À court terme, ces sanctions risquent d’isoler davantage le Rwanda sur le plan militaire, sans pour autant le contraindre à un retrait réel de l’est congolais. Kagame mise sur une résistance économique : diversification des partenariats, accent sur le commerce intra-africain et exploitation accrue des ressources locales. Mais la menace américaine pèsera sur les investissements étrangers et l’image du pays, malgré la tenue d’événements prestigieux comme l’Africa CEO Forum.
Ce forum 2026, organisé par Jeune Afrique et l’IFC, a justement pour thème la gestion des chocs exogènes. Après le Covid et la guerre en Ukraine, la crise au Moyen Orient ajoute une nouvelle pression. Kagame y voit un « rappel de notre position dans le monde » et un appel à repenser l’autonomie africaine. Le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a estimé que la hausse du prix du pétrole pouvait devenir une opportunité pour le continent, à condition d’investir pour les générations futures.
Le Nigeria, par la voix de Bola Tinubu, a insisté sur une idée forte : « Nous ne voulons pas de charognards, ni d’extracteurs. Nous voulons des gens qui ajoutent de la valeur. » Cette revendication de souveraineté industrielle résonne avec la critique de Kagame contre les puissances qui sanctionnent un camp plutôt qu’un autre. L’Africa CEO Forum, créé en 2012, devient ainsi le miroir des contradictions africaines : refus de la dépendance, mais persistance des rivalités internes et des ingérences extérieures.



