Le Tchad ferme ses frontières avec le Soudan et place son armée en état d’alerte maximale. C’est la conséquence directe d’une frappe de drone survenue le 18 mars dans la localité de Tiné, à la frontière soudanaise. L’engin, qui venait du Soudan, a causé la mort de 17 civils et fait plusieurs blessés, portant à son paroxysme une tension déjà latente entre les deux pays.
Présidé en urgence par le président Mahamat Idriss Déby Itno, le conseil de défense et de sécurité a ordonné la riposte. Les forces armées tchadiennes ont reçu pour instruction de répliquer à toute nouvelle incursion, qu’elle émane de l’armée régulière soudanaise du général Abdel Fattah Al-Burhan ou des paramilitaires des Forces de soutien rapide (FSR) du général Mahamat Hamdane Dagalo. Une équipe gouvernementale a par ailleurs été dépêchée sur place pour évaluer l’ampleur des dégâts.
Ce regain de fièvre intervient dans un contexte où la frontière entre les deux pays n’a cessé de s’embraser depuis le début de la guerre au Soudan en avril 2023. N’Djamena avait déjà acté la fermeture de ses frontières fin février, confrontée à des incursions répétées de groupes armés et à des survols de drones. Cette fois, le bilan humain et la nature de la cible, des civils rassemblés sur une place mortuaire, ont poussé le régime à durcir le ton.
La question de l’origine exacte de la frappe reste toutefois en suspens. Si les autorités tchadiennes pointent un drone venu du Soudan, elles n’ont pas officiellement attribué la responsabilité à l’un des deux camps. Les FSR, souvent accusées de menacer la stabilité tchadienne, ont rapidement démenti toute implication, renvoyant la faute à l’armée d’Al-Burhan. L’armée soudanaise, elle, n’a pour l’instant pas réagi.
Au-delà de l’incident militaire, cette attaque illustre la fragilité chronique d’une zone tampon où se mêlent rivalités ethniques, trafics et replis de combattants. Le Tchad, qui sert souvent de médiateur dans la crise soudanaise, se retrouve aujourd’hui en première ligne. En ordonnant une riposte ferme, Mahamat Idriss Déby Itno cherche à la fois à protéger son territoire et à envoyer un message clair aux belligérants : N’Djamena ne tolérera plus que son sol serve de variable d’ajustement à une guerre qui n’est pas la sienne.



