Le Burkina Faso a officiellement installé, mercredi en Conseil des ministres, les douze membres du Conseil d’orientation de l’Institut des peuples noirs Farafina (IPN Farafina). Parmi eux, deux personnalités francophones du panafricanisme militant : la franco camerounaise Nathalie Yamb et le philosophe camerounais Franklin Nathan Nyamsi. L’enseignant chercheur burkinabè Claude Aimé Tassembedo a été désigné à la présidence de cette instance stratégique.
Nathalie Yamb, experte en communication et ressources humaines, est une voix très suivie des mouvements souverainistes africains. Ses prises de position, souvent critiques à l’égard des interventions extérieures au Sahel, lui ont valu une reconnaissance qui dépasse largement le cadre des réseaux panafricanistes. Franklin Nathan Nyamsi, professeur agrégé de philosophie, porte quant à lui une réflexion académique et politique sur la décolonisation des savoirs et la refondation des États africains. Leur entrée simultanée dans cette institution burkinabè confirme l’orientation résolument continentale que les autorités de la transition entendent donner à l’IPN Farafina.
L’Institut des peuples noirs Farafina a été ressuscité sous la transition comme un projet héritier des idéaux portés par Thomas Sankara dans les années 1980. Conçu comme un outil de reconquête culturelle, idéologique et scientifique, il vise à offrir une réponse africaine aux questions identitaires et géopolitiques que le continent affronte. En intégrant des figures issues de la diaspora intellectuelle et militante, le pouvoir burkinabè cherche moins à créer un organisme classique qu’à installer un levier politique et symbolique aligné sur son discours de souveraineté affirmée.
Avec ce conseil désormais en place, l’IPN Farafina devrait entrer dans une phase opérationnelle plus visible, avec des travaux susceptibles d’influencer aussi bien les orientations culturelles que les choix diplomatiques du Burkina. La présence de Nathalie Yamb et de Franklin Nyamsi, habitués des scènes internationales de débat, pourrait accroître le rayonnement de l’institution au‑delà des frontières sahéliennes. Mais cette ouverture à des personnalités médiatiques et contestées expose également l’institution à une surveillance politique accrue, tant sur le plan intérieur que dans ses relations avec les partenaires étrangers traditionnels.
Le conseil d’orientation, tel que défini par les décrets, associe des profils variés : sociologues, journalistes, consultants, cadres de l’administration burkinabè et diplomates. Cette composition mêle compétences techniques locales et figures militantes de la diaspora, dans une logique de complémentarité revendiquée par les autorités. Les nominations de Sié De Bindouté Da, Sogoyou Kokou Keguéwé ou encore San Simon Coulibaly montrent une volonté d’enracinement national tout en maintenant une ambition continentale.
Au‑delà des personnalités, c’est le modèle institutionnel lui‑même qui sera scruté. L’IPN Farafina, avec ses membres désignés, adhérents et observateurs, se veut un espace hybride entre laboratoire d’idées et outil d’influence. La manière dont ce conseil traduira concrètement les discours panafricanistes en politiques culturelles, éducatives ou diplomatiques déterminera si l’institution parvient à s’imposer comme un acteur durable ou reste un marqueur symbolique de la transition en cours.



