La justice guinéenne a annoncé, dimanche, l’interpellation et l’inculpation d’une dizaine de personnes soupçonnées d’appartenir à des réseaux terroristes actifs sur le territoire national. Parmi les onze individus arrêtés figurent sept Maliens, deux Nigériens, un Burkinabè et un Guinéen, tous déférés devant le parquet d’instance de Kaloum pour complicité de terrorisme, association de malfaiteurs et financement du terrorisme. L’opération, menée en coordination avec les forces de défense et de sécurité, constitue l’une des plus importantes annonces judiciaires de ce type depuis l’arrivée au pouvoir des autorités de la transition.
Les enquêtes, ouvertes en avril 2025 dans les préfectures de Siguiri, Mandiana et Kankan, ont permis d’identifier plusieurs groupes de messagerie liés au Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), totalisant plus de cinq cents membres, dont une quarantaine de Guinéens. Deux de ces derniers, Ibrahima Sow et Cheick Ibrahima Savane, ont été arrêtés à Siguiri et à Conakry. Selon le parquet général, un ressortissant malien, Fotigui Daou, interpellé à Kankan, est directement lié à une cellule dormante du GSIM. Il aurait reconnu avoir participé à une opération de libération d’otages contre rançon, contribuant ainsi au financement des activités jihadistes.
Ces arrestations s’inscrivent dans un contexte régional où le front jihadiste s’est progressivement rapproché des frontières guinéennes. Le Mali, voisin direct avec près de neuf cents kilomètres de frontière partagée, est frappé depuis plus d’une décennie par une insécurité chronique alimentée par le GSIM et sa rivale, la province sahélienne de l’État islamique. Depuis plusieurs mois, les attaques se multiplient dans le sud malien, à proximité immédiate de la Guinée, attisant les craintes d’une possible infiltration des réseaux sur un territoire jusqu’ici relativement épargné par les opérations jihadistes de grande ampleur.
Les autorités guinéennes font désormais de la lutte antiterroriste une priorité nationale affichée, comme l’a rappelé le parquet général dans son communiqué. Reste à savoir si ces opérations relèvent d’une stratégie pérenne de renseignement et de contrôle territorial, ou si elles répondent à une logique plus ponctuelle de démonstration sécuritaire. Dans un pays où l’armée détient les rênes du pouvoir depuis le coup d’État de 2021, la gestion du volet judiciaire et pénitentiaire de ces affaires sera déterminante pour éviter l’effet d’annonce et inscrire ces arrestations dans une politique durable de prévention.
Le profil des personnes interpellées interroge sur la nature exacte des réseaux visés. La présence majoritaire de ressortissants ouest-africains, en particulier maliens, confirme la dimension transfrontalière du phénomène. Mais c’est la révélation de groupes de messagerie comptant plusieurs centaines de membres qui soulève une question plus large : celle de l’existence de cellules dormantes structurées en Guinée, et non plus seulement de simples relais logistiques ponctuels. Le parquet a d’ailleurs insisté sur la dimension numérique de la radicalisation, en évoquant des réseaux en ligne activement surveillés.
Sur le plan judiciaire, les inculpations pour financement du terrorisme et association de malfaiteurs laissent présager une phase d’instruction longue, dans un pays où la justice reste fragile et sous pression politique. La coopération régionale, notamment avec les autorités maliennes et burkinabè, sera un test de la capacité des États du voisinage à coordonner leurs ripostes face à un ennemi commun qui exploite toutes les porosités frontalières. Pour l’instant, ces arrestations envoient un signal clair : la Guinée ne se considère plus à l’abri, et entend le faire savoir.



