Entre janvier et la mi-mars, plus de 500 civils ont été tués par des frappes de drones au Soudan, selon le Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l’homme. L’essentiel des victimes a été recensé dans la région stratégique du Kordofan, où l’usage de ces armes, à la fois faciles d’accès et d’une redoutable précision en milieu urbain, s’est intensifié ces derniers mois. L’ONU alerte sur un basculement inquiétant dans les méthodes de guerre, qui ciblent de manière croissante les populations civiles et les infrastructures essentielles.
Rien que durant les deux premières semaines de mars, plus de 277 civils ont péri, dont une large majorité dans des attaques de drones. Les frappes se sont poursuivies sans relâche jusqu’à la fin du Ramadan, illustrant une stratégie d’intimidation et de saturation. Le point d’orgue de cette violence a été atteint le 20 mars, jour de l’Aïd al-Fitr, lorsqu’un drone a frappé l’hôpital universitaire d’Al-Deain, au Darfour-Oriental. Le bilan s’élève à au moins 60 morts, dont treize enfants et sept femmes, et 146 blessés, faisant de cette attaque l’une des plus meurtrières depuis le début du conflit.
Depuis avril 2023, le Soudan est livré à une guerre civile qui oppose l’armée régulière aux Forces de soutien rapide (FSR), une puissante milice issue des ex-Janjaweed. Ce conflit, né d’une rupture du partage du pouvoir après le coup d’État de 2021, a déjà fait des dizaines de milliers de morts et provoqué le déplacement de plus de 12 millions de personnes. Il a également engendré l’une des crises humanitaires les plus graves au monde, avec des infrastructures systématiquement prises pour cible. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 200 attaques contre des structures de santé ont été recensées depuis le début des hostilités, faisant plus de 2 000 morts.
La destruction de l’hôpital d’Al-Deain prive désormais plus de deux millions de personnes d’un accès direct aux soins dans une région déjà exsangue. Mais la menace ne s’arrête pas aux frontières soudanaises. Le 18 mars, une frappe de drone à Tiné, au Tchad, a causé au moins 24 morts et une soixantaine de blessés, faisant craindre une extension régionale du conflit. Face à cette dérive, l’ONU appelle à un cessez-le-feu immédiat et exhorte la communauté internationale à interrompre les transferts d’armes qui alimentent les belligérants. Sans une pression diplomatique coordonnée, le risque d’un embrasement généralisé du Sahel oriental devient chaque jour plus tangible.
Le recours systématique aux drones marque une rupture dans la nature même du conflit. Ces armes, souvent importées en violation des embargos, permettent aux belligérants de frapper à faible coût, avec une précision relative, mais une capacité de nuisance élevée en zones densément peuplées. Pour les organisations humanitaires, cette évolution complique dangereusement l’accès aux populations et la protection des équipes médicales, désormais exposées à des frappes imprévisibles. Le Secrétaire général de l’ONU, António Guterres, a rappelé que le droit international humanitaire interdit formellement de cibler les civils et protège les infrastructures de santé. Mais sur le terrain, ces principes semblent avoir été réduits à une simple formalité, tant l’impunité des belligérants demeure totale.



