Le chef d’état-major des armées ougandaises, le général Muhoozi Kainerugaba, a placé son pays sur une ligne diplomatique pour le moins audacieuse. Dans une déclaration publiée sur le réseau social X, le fils du président Yoweri Museveni a affirmé que Kampala interviendrait militairement aux côtés d’Israël si l’État hébreu venait à être menacé de défaite dans le conflit qui l’oppose à l’Iran et à ses alliés régionaux. Une prise de position qui, par sa nature unilatérale et son ton martial, tranche avec la prudence habituelle des capitales africaines sur ce dossier.
« Toute tentative de détruire ou de vaincre Israël nous entraînera dans ce conflit à ses côtés », a écrit le général, avant d’ajuster son propos en appelant à une fin immédiate des hostilités. Ces messages, dont certains ont été rapidement supprimés, laissent entendre que les Forces de défense du peuple ougandais (UPDF) pourraient sortir de leur cadre opérationnel régional pour s’engager dans une arène internationale. En affirmant qu’« Israël a le droit d’exister », Muhoozi Kainerugaba ne se contente pas d’une simple solidarité politique ; il ouvre la porte à une implication directe dont les modalités et la faisabilité restent pourtant totalement floues.
Cette prise de parole ne doit rien au hasard. Elle s’inscrit dans une relation singulière entre l’Ouganda et Israël, marquée par l’opération de sauvetage des otages d’Entebbe en 1976, un événement fondateur auquel le général a d’ailleurs rendu hommage le mois dernier en annonçant l’érection d’une statue dédiée à Yonatan Netanyahu, frère de l’actuel Premier ministre israélien. Muhoozi Kainerugaba, longtemps considéré comme le successeur naturel de son père, use régulièrement de ses déclarations publiques pour tracer une diplomatie parallèle, plus décomplexée et souvent plus clivante que celle du ministère des Affaires étrangères. Ses positions antérieures, y compris des menaces d’invasion contre le Kenya ou des soutiens affichés à des mouvements armés régionaux, ont déjà démontré sa propension à bousculer les équilibres.
Sur le plan diplomatique, cette sortie place Kampala dans une position inconfortable. L’Ouganda, qui copréside actuellement le processus de Nairobi sur la sécurité de l’est de la République démocratique du Congo, risque de voir sa crédibilité de médiateur fragilisée. À l’échelle continentale, l’Union africaine, historiquement favorable à une solution à deux États et critique envers les opérations militaires israéliennes, ne peut que prendre acte avec inquiétude d’une telle menace d’intervention. Reste à savoir si ces propos relèvent d’une véritable intention stratégique ou d’une nouvelle provocation du général pour asseoir son leadership, à quelques mois d’une éventuelle transition politique à Kampala.
La méthode employée par Muhoozi Kainerugaba est tout aussi révélatrice que le fond de son message. En utilisant son compte personnel sur X comme tribune diplomatique, il court-circuite les canaux institutionnels et impose unilatéralement une position qui engage l’ensemble du pays. Ses suppressions de messages, après avoir semé la controverse, illustrent une communication impulsive qui contraste avec la rigidité protocolaire habituelle des hautes sphères militaires.
Enfin, cette déclaration intervient alors que le conflit au Moyen-Orient a franchi un nouveau palier d’intensité depuis fin février. Dans un contexte où les capitales africaines peinent à trouver une voix commune entre soutien aux droits des Palestiniens et relations bilatérales avec Israël, l’Ouganda choisit donc une posture de rupture. Qu’elle soit suivie d’effets ou qu’elle reste lettre morte, elle a déjà atteint son objectif : imposer Muhoozi Kainerugaba comme un acteur central et imprévisible de la scène politique et diplomatique ougandaise.



