Le Zimbabwe annonce la restitution de 67 fermes à des anciens propriétaires étrangers expropriés sous Robert Mugabe, au début des années 2000. La mesure, présentée par le gouvernement d’Emmerson Mnangagwa, concerne des agriculteurs originaires du Danemark, de la Suisse, de l’Allemagne et des Pays-Bas. Elle vise à honorer des accords bilatéraux d’investissement, sans remettre en cause, insiste Harare, le programme de réforme agraire controversé qui avait alors conduit à l’effondrement de l’économie nationale.
Le ministre de l’Agriculture a fait cette annonce devant le Parlement. Sur les milliers de fermes jadis saisies, seules 67 sont concernées par cette première vague de restitutions. L’exécutif précise qu’il ne s’agit pas d’un revirement idéologique, mais d’une procédure limitée destinée à régler des contentieux bilatéraux vieux de plus de deux décennies. Par ailleurs, plus de 800 fermes seront rendues à des Zimbabwéens noirs occupant les terres avant l’époque coloniale, tandis que 400 agriculteurs blancs seront autorisés à racheter leurs exploitations pour y rester.
Entre 2000 et 2002, sous la présidence de Robert Mugabe, plusieurs milliers d’agriculteurs blancs furent expropriés sans compensation substantielle. Cette politique, officiellement destinée à corriger les inégalités héritées de la colonisation, a désorganisé le secteur agricole, autrefois florissant. Le Zimbabwe, qui exportait alors des céréales, est devenu dépendant de l’aide alimentaire. L’hyperinflation, les sanctions occidentales et l’isolement diplomatique ont ensuite achevé de plonger le pays dans une crise multidimensionnelle dont il peine encore à sortir.
Derrière cette annonce se lit une priorité du régime de Mnangagwa : sortir de l’ornière financière. Harare cherche activement un accord de restructuration de sa dette extérieure. En apaisant les pays occidentaux par un geste symbolique, le gouvernement espère débloquer des lignes de crédit et faciliter les discussions avec les bailleurs de fonds. Sans financements extérieurs, les promesses de compensation resteront lettre morte. En 2020, le Zimbabwe avait déjà évoqué un accord de 3,5 milliards de dollars pour l’ensemble des fermiers expropriés, sans pouvoir le financer.
Johan Willemse, professeur sud-africain d’économie agricole et fils d’un agriculteur zimbabwéen exproprié, tempère l’optimisme. La plupart des infrastructures sur ces fermes ont disparu. Les sols sont parfois dégradés, les systèmes d’irrigation détruits, et des occupants se sont installés sans titre sur ces terres. Revenir demanderait un investissement colossal pour redévelopper l’exploitation à partir de zéro. Beaucoup d’anciens propriétaires, dit il, ne sont pas prêts à prendre ce risque aujourd’hui.
Sous couvert de réparation, ce geste reste profondément ambigu. Il ne concerne qu’une infime partie des fermes saisies, et exclut de fait des milliers d’autres expropriés, notamment britanniques, pourtant les plus nombreux. En recentrant la restitution sur des Européens continentaux couverts par des traités bilatéraux, Harare évite un précédent juridique trop large. L’annonce a ainsi tout l’air d’une opération de communication à destination des créanciers internationaux, plus que d’une véritable justice agraire. Reste à savoir si les fermiers concernés voudront encore miser sur un pays où l’État reste un partenaire imprévisible.



