Le président zambien Hakainde Hichilema arrive ce lundi à Nairobi pour la première édition du sommet Africa Forward, coprésidé par William Ruto et Emmanuel Macron. Derrière l’intitulé consensuel de « partenariat pour l’innovation et la croissance », Lusaka entend y porter une exigence concrète : réformer les mécanismes de gouvernance mondiale où l’Afrique reste sous représentée, malgré les discours.
Le chef d’État zambien ne se contentera pas d’une déclaration de principe. Selon son ministre des Affaires étrangères, Mulambo Haimbe, il défendra des initiatives finançables et non plus de simples promesses. La Zambie compte présenter ses avancées dans cinq domaines clés : énergies renouvelables, exploitation minière responsable, connectivité numérique, modernisation agricole et infrastructures sanitaires. Autant de secteurs où le pays réclame des investissements massifs, adossés à une refonte du système financier international.
Ce sommet intervient alors que la défiance envers les partenariats historiques avec la France n’a jamais été aussi vive sur le continent, du Sahel au bassin du Congo. La Zambie, elle, a choisi une autre voie. Depuis son élection, Hichilema mise sur une diplomatie économique pragmatique, multipliant les signaux d’ouverture aux investisseurs européens. Mais Lusaka n’oublie pas les promesses non tenues des sommets précédents. En posant d’emblée la question de la gouvernance mondiale, le président zambien rappelle que l’Afrique ne peut plus être simple spectatrice des règles écrites ailleurs.
Les sept priorités affichées réforme financière, transition énergétique, industrialisation verte, numérique, agriculture durable, santé et climat dessinent un agenda ambitieux mais potentiellement conflictuel. La France et le Kenya, coprésidents, devront démontrer que ce sommet ne devient pas une vitrine supplémentaire sans mécanismes de suivi contraignants. Pour Hichilema, l’enjeu est clair : repartir de Nairobi avec des engagements chiffrés, en particulier sur la dette et l’accès aux financements climatiques, deux sujets où la marge de manœuvre de la Zambie reste très limitée.
En marge des sessions plénières, le président zambien multipliera les rencontres bilatérales. Ces entretiens, discrets mais souvent plus décisifs que les déclarations publiques, permettront de jauger la sincérité des partenaires. Un responsable proche de la présidence confie sous couvert d’anonymat : « Hichilema vient avec des dossiers techniques prêts à être signés. Pas pour des selfies. » Le sommet Africa Forward sera ainsi un test grandeur nature de la nouvelle donne franco africaine, où Lusaka joue moins la carte de la protestation que celle de l’exigence chiffrée.
Reste une question de fond qui traverse toutes les discussions : un sommet peut il rééquilibrer un système financier global verrouillé par les puissances historiques ? La Zambie, comme d’autres pays africains, attend des actes sur la réallocation des droits de tirage spéciaux du FMI ou sur l’allègement d’une dette qui asphyxie ses budgets. Si Africa Forward n’abordait ces sujets que pour les renvoyer à des négociations techniques sans calendrier, le message serait clair : l’innovation de façade ne remplacera jamais la justice économique. Hichilema le sait. C’est pour cela qu’il vient à Nairobi, et non pour un simple sommet de plus.



