Ce lundi 6 avril 2026, majorité présidentielle et deux coalitions d’opposition mauritaniennes reprennent à Nouakchott des discussions préparatoires à un dialogue national. Les échanges butent sur un point unique mais explosif : le nombre de mandats présidentiels. L’opposition accuse le pouvoir de vouloir modifier la Constitution pour offrir un troisième mandat au chef de l’État, réélu il y a deux ans.
La réunion se tient au Palais des Congrès, sous haute surveillance. L’objectif affiché par le coordinateur du dialogue, Moussa Fall, est de lever ce blocage qui avait provoqué une interruption brutale des discussions la semaine dernière. Les trois pôles de l’échiquier politique sont présents, mais la méfiance reste totale. L’opposition exige des garanties explicites qu’aucune révision constitutionnelle ne sera engagée pour permettre un troisième quinquennat.
Ce bras de fer s’inscrit dans une séquence politique sensible. Le président Mohamed Ould Ghazouani, élu pour un second mandat il y a deux ans, a personnellement multiplié les consultations avec les leaders politiques pour sauver le processus. De son côté, le parti au pouvoir, l’Insaf, assure qu’un troisième mandat n’a jamais été à l’ordre du jour et dénonce un « procès d’intention ». Pourtant, dans un pays où la Constitution limite à deux le nombre de mandats, toute rumeur de révision réveille des craintes historiques d’ancrage autoritaire du pouvoir.
L’opposition espère élargir les discussions à deux sujets qu’elle juge structurants : la transparence du processus électoral et la question des réparations pour les victimes des violences des années 1989 et 1991, qui avaient ciblé les Négro‑Mauritaniens. Mais tant que le préalable du troisième mandat n’est pas réglé, aucun autre sujet ne pourra avancer. La suite des négociations dira si Ghazouani est prêt à un engagement écrit et contraignant, ou si l’opposition claquera à nouveau la porte.
Ce dialogue se déroule dans un climat social lourd, marqué par des manifestations récurrentes contre la vie chère à Nouakchott. La rue ne sépare pas toujours la contestation économique de la défiance politique. Plusieurs formations, comme la Refondation pour une action globale (RAG) de Biram Dah Abeid, ont choisi de boycotter ces assises, dénonçant un processus jugé « partiel » et « non inclusif ». Leur absence fragilise d’avance la légitimité de toute issue négociée.



