Netflix a dévoilé la bande annonce de The Trials of Winnie Mandela, une série documentaire en sept épisodes qui sera mise en ligne le 23 avril 2026. La date de sortie, huit ans jour pour jour après la mort de Winnie Madikizela‑Mandela, n’a rien d’un hasard. Ce projet, réalisé par la regrettée Mandy Jacobson, documentariste deux fois récompensée aux Emmy Awards, promet de rouvrir un chapitre que beaucoup en Afrique du Sud préféreraient peut‑être refermer.
La série se distingue par son point de vue radicalement intime. Elle est racontée à travers les petites‑filles de Winnie, les princesses Zaziwe Manaway et Swati Mandela‑Dlamini, qui partent sur les traces de celle qu’elles appelaient « Big Mommy ». L’une d’elles officie également comme productrice. Ce filtre familial ne vise pas à lisser le portrait. Au contraire, le trailer annonce des archives inédites, des confessions de Winnie elle‑même, mais aussi la parole de ses détracteurs les plus sévères. L’ambition est claire : ne rien cacher des controverses, des scandales médiatiques, ni de la répression subie sous l’apartheid.
Winnie Mandela n’a jamais été une figure consensuelle. Épouse de Nelson Mandela durant les longues années de captivité, elle devient la « Mère de la Nation » tout en alimentant les polémiques les plus violentes. Son implication présumée dans le kidnapping et la mort de jeunes garçons à Soweto dans les années 1980, ses déclarations en faveur de la « lutte armée par le couteau », et sa condamnation pour fraude ont durablement fracturé la mémoire collective sud‑africaine. Pendant des décennies, l’establishment de l’ANC a oscillé entre vénération et mise à distance. Aujourd’hui encore, prononcer son nom dans un township ou dans un salon bourgeois du Cap provoque des émotions diamétralement opposées.
La série arrive à un moment où l’Afrique du Sud post‑Mandela cherche désespérément de nouveaux récits fédérateurs. Les fractures économiques et raciales n’ont jamais été aussi visibles, et l’ANC, au pouvoir, vacille sur ses propres fondamentaux. Diffuser The Trials of Winnie Mandela sur une plateforme mondiale comme Netflix, c’est prendre le risque que l’image de la lutte anti‑apartheid soit à nouveau écorchée devant un public international qui ne maîtrise pas toujours les nuances locales. Mais c’est aussi une occasion rare de sortir d’une hagiographie confortable. Pour les jeunes générations sud‑africaines, souvent lassées des héros de 1994, cette série pourrait devenir un miroir brut, voire inconfortable, de leur histoire inachevée.
Mandy Jacobson, décédée avant la finalisation du projet, était connue pour son exigence éthique. Dans ses films précédents, elle refusait de flatter ses sujets. Le choix de donner la parole aux « harshest critics » de Winnie est ici déterminant. On entend non seulement des proches et des camarades du ANC, mais aussi des voix qui l’ont accusée de dérive autoritaire. Ce parti pris de symétrie est rare dans les productions consacrées aux icônes africaines, souvent prisonnières d’un récit de glorification posthume.
La sortie du trailer, le 2 avril 2026, a déjà suscité des réactions contrastées sur les réseaux sociaux sud‑africains. Certains saluent la transparence. D’autres dénoncent une exploitation tardive des souffrances d’une femme que l’histoire a trop punie. Une chose est sûre : The Trials of Winnie Mandela ne laissera personne indifférent. En choisissant le titre « The Trials » – au sens juridique et moral – la production assume une vision délibérément non manichéenne. C’est peut‑être là sa plus grande force, et aussi ce qui dérange.



