Le président de l’Assemblée nationale du Sénégal, El Malick Ndiaye, a été élu premier vice-président de l’Assemblée parlementaire de la Francophonie (APF) à l’unanimité, à l’issue de la XVIIᵉ Conférence des présidents d’assemblée et de section de la région Afrique, qui s’est tenue à Lomé du 7 au 9 avril 2026. Une consécration diplomatique rapide pour celui qui n’a pris la tête du parlement sénégalais qu’il y a moins d’un an.
Ce vote unanime des présidents de parlements francophones place le Sénégal au cœur des instances exécutives de l’APF pour la première fois en plus de quatre décennies. La dernière présence sénégalaise à un poste similaire remontait à Daouda Sow, figure historique de la politique africaine. La validation officielle de cette élection interviendra lors de l’Assemblée générale de juillet 2026. Mais d’ores et déjà, ce mandat de vice-présidence ouvre une perspective stratégique : une accession possible à la présidence de l’organisation en juillet 2028 à Yaoundé, à l’issue du mandat annoncé du Québec.
L’APF, créée en 1967, est une organisation interparlementaire qui regroupe les sections nationales des pays ayant en partage la langue française. Elle agit officiellement pour le renforcement de la démocratie, de l’État de droit et la coopération entre parlements. Pourtant, l’institution est régulièrement critiquée pour son manque de mordant politique et sa difficulté à peser sur les dérives autoritaires dans plusieurs États membres africains. Dans ce paysage, le retour du Sénégal à une vice-présidence n’est pas anodin : Dakar incarne une certaine stabilité institutionnelle dans une région où plusieurs parlements sont suspendus ou contestés.
Au-delà de la symbolique, cette élection ouvre une fenêtre d’influence pour le Sénégal. D’ici 2028, si la trajectoire se confirme, El Malick Ndiaye pourrait briguer la présidence de l’APF, un poste jamais occupé par un Sénégalais depuis Daouda Sow. Mais cette ambition dépendra de la capacité de Dakar à maintenir une ligne diplomatique cohérente, alors que l’APF traverse une phase de remise en question sur son rôle réel face aux crises politiques dans l’espace francophone. L’enjeu est d’autant plus concret que le Sénégal accueillera, du 18 au 19 mai 2026, la 32ᵉ Assemblée régionale Afrique de l’APF.
L’élection de Malick Ndiaye intervient dans un climat politique intérieur encore marqué par les séquelles des crises de 2024 et 2025, qui avaient secoué les institutions sénégalaises. Si le parlement a retrouvé une certaine sérénité, plusieurs observateurs notent que cette distinction internationale contraste avec des marges de manœuvre budgétaires réduites pour l’Assemblée nationale. Le choix de Lomé comme cadre de cette conférence n’est pas non plus anodin : le Togo, sous la présidence de Faure Gnassingbé, cherche à soigner son image internationale tout en s’affichant comme un carrefour diplomatique ouest africain. Reste à savoir si ce retour sénégalais à l’APF sera une simple récompense honorifique ou le levier d’une véritable renaissance de l’influence parlementaire francophone de Dakar.



